« Que faisons-nous de nos vies? »

« Que fais-je de ma vie? »

Se pose-t-on cette question parfois? Arrêter de courir, de chercher, de suivre, de poursuivre les événements quotidiens.
Gagner de l’argent pour nourrir le frigo, payer les factures, se payer un cinéma. Trouver un ou une compagne pour nous guérir de notre solitude, pour nous écouter, pour satisfaire nos besoins sexuels, pour être en sécurité. Trouver une activité pour passer le temps, pour rencontrer des gens aussi ennuyés pas la vie, pour trouver un remède inutile à un mal imaginaire.
Accumuler le faire pour ne pas devoir se confronter à être. Être face à soi-même, avec soi-même, contre soi-même.
Face à l’Être, rien ne résiste. Tous les faire d’une vie entière tombent en miettes devant la présence de notre nature profonde. Ce que nous sommes. Alors, si l’on regarde derrière, on voit ces années de rien, de vide, d’actes passés et évanouis. Seule reste l’Être.
Qui est-il? C’est moi, c’est nous. C’est ce qui reste quand tout inutile est retiré. Il est. Il n’est pas ci ou ça, il est. Que faire face à cette réalité tellement simple que la tête n’y comprend rien, résiste et lutte mais ne peut rien.

L’Être observe, ne juge pas. Si l’on se demande pourquoi est-ce que l’on ampute les branches d’un arbre, ce n’est pas l’Être qui pose la question. Il offre juste l’image au mental qui en fait une question. L’arbre, lui est là, tel qu’il est en cet instant, se contentant d’être cet arbre aux branches amputées par la sottise des hommes. Les hommes qui croient savoir ce qui est bon, ce qu’il faut faire. Les hommes qui croient le savoir mieux que la nature elle-même. Cette nature qui est notre mère, qui nous apprend, qui nous montre à nous, aveugles et bêtes de nos certitudes crasses. Nous autres qui ne voyons pas, qui suivons nos modèles périmés, qui répétons les règles.
La nature peut être modelée, on peut la contenir, croit-on. Les besoins des hommes eux sont la priorité. Se nourrir, boire, se loger. Libérer nos déjections dans l’eau pour ne pas sentir notre propre odeur de mortel amnésique. S’éclairer la nuit, éclairer la nuit. Utiliser son ordinateur pour voir se qu’il se passe à l’autre bout du monde à défaut de voir se qu’il se passe sous notre nez. Se décomposer devant un écran de télévision, absorbant les fréquences de ces inconnus familiers.

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Sommes-nous comme cet arbre dont nous coupons les bras et qui essaie tout de même de pousser? Nous nous empêchons de grandir, de croître afin de tendre vers le ciel, goûter l’air et la pluie, s’offrir tout entier au soleil. Nous nous raccourcissons la vie en l’étouffant sous des tonnes de petits faire inutiles et improbables. Nous coupons ce qui est grand, ce qui est juste, ce qui pousse sans notre intervention.

Comment laisser pousser ce qui pousse dans ma vie? Je ne sais pas. Les petits faire réconfortent un moment, puis le réconfort s’estompe, s’ensuit un autre faire qui s’estompe à son tour. Reste l’Être qui révèle ce qui est important. Ce qui est. Simple et impitoyable. Rien ne résiste à la lumière. D’où le malaise devant le spectacle d’une vie passée à côté du chemin, faite de peut-être, de si, de un jour. De peur, d’absence, d’espoirs désirés comme craints.

Il faut regarder le vide pour s’apercevoir que le vide ne l’est pas.

Le vide est de l’espace prêt à être rempli.

L’Être ne se remplit pas de petits faire. Il se remplit de présence à soi, aux autres, à la main qui nous nourrit. L’Être est celui qui initie l’Acte vrai. L’acte qui s’amorce par la lumière de la conscience. L’acte qui révèle la grandeur de notre âme, qui manifeste ce qui tient notre enveloppe de matière, qui surgit soudain sans peur ni regret. Notre Être qui rayonne sans cesse depuis la nuit des temps, patiemment, avec confiance. Sachant que notre salut n’est nulle autre que de révéler notre vraie nature. La laisser émerger, la laisser guider nos pas, sans peur ni regret. Ce sont ces pas-là qui façonnent une vie, qui la remplissent, la fait fleurir.
Ne pas prendre cette marche est comme rester sur le quai de la gare. La vie passe, s’arrête un instant pour nous inviter à son bord et repart ensuite, jusqu’au train suivant. Il suffit d’une étincelle de courage, de curiosité, de lâcher-prise pour quitter le quai et s’envoler. Il suffit d’une crainte, d’une distance, d’une entrave pour rester immobile, sachant que chaque train manqué est suivi d’un autre, prétexte infini pour rester sur place. Rester la statue sur le quai.

Notre libération du cycle infernal ne tient qu’à nous. Ne tient qu’à moi. Je ne veux pas mourir.

Edward Hitten, le 18 avril 2011.

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