« Mourir de ne pas assez vivre »

L’enveloppe est encore là.
Avec le temps, elle se délie, devient plus transparente. Le mur tombe petit à petit. Avant qu’elle ne soit totalement dissoute, je dois encore vivre la difficulté de laisser sortir la lumière qui rayonne au fond de moi. Qui se heurte à cette mince couche opaque qui doit sembler bien incompréhensible pour les gens qui me côtoyent et qui ne me connaissent pas vraiment. C’est comme si ce que je suis à l’intérieur n’arrivait pas à traduire ce qu’il vit, veut et sent en gestes, en paroles. Une sorte de handicap physique en somme.

La lecture d’un livre prêté par une amie m’apprend que les handicapés mentaux ont des capacités de clairvoyance et de clairaudience. Ils parlent entre eux dans le silence. Ils voient les auras de leurs éducateurs, entendent ce qu’ils pensent, ressentent leurs émotions. Ils sortent de leur corps la nuit pour visiter les gens qu’ils aiment. Ils voyagent de par le monde et l’univers. Certains vivent plusieurs existences simultanément. Quand ils ont l’air de ne plus être là, immobilisés dans leur absence, ils le sont vraiment. Ils visitent leurs autres corps physiques, parfois autre qu’humain, parfois éparpillés dans la galaxie. Un petit tour parmi les étoiles des Pléïades?

Je ne sais pas quand cette enveloppe est née. Avec moi? Avant ma naissance en ce monde ou pendant mon enfance? Je ne sais pas. Je suis resté longtemps à l’intérieur d’elle. J’ai beaucoup rêvé, j’ai imaginé. Je m’y suis réfugié. Je ne voyage pas dans l’univers, je n’entend pas les gens penser. Mais je sens bien ce qui se passe autour de moi. Je capte les signaux, comme tout le monde. Avec peut-être plus d’accuité. Quelque chose m’a fait croire un jour que je devais avoir peur de l’extérieur. Que je devais me protéger.  Que je devais m’envelopper. Il a fallu des années d’expériences et d’observation pour réaliser la présence de ce mur invisible.

Aujourd’hui, l’enveloppe est encore là.
Une rencontre, une surprise, une étincelle. Une possibilité d’attraper le fil de la Vie et de s’y laisser emporter. Et déjà la parole muette, le geste avorté, l’espoir reste en suspend, en attendant que le temps soit écoulé. On monte dans le train quand il est en gare. Une fois parti, il est trop tard. Il ne reste qu’une ombre de souvenir. A-t-on vécu si on ne vit pas ses désirs? Si on ne casse pas l’enveloppe?

C’est comme si dans certaines situations, il manquait le mode d’emploi, la traduction entre l’intérieur et l’extérieur. Je ne sais comment faire. J’ai peur de commettre une erreur. J’ai peur de rester sur le quai. En ne faisant rien, je reste sur le quai. Quand je monte dans un train, si par malheur je n’écoute pas mon Être profond, je souffre et cause des souffrances. Pas de demi-mesure pour moi.

Je demande pardon à tous les êtres que je n’ai pas osé toucher. Je n’ai pas alimenté notre monde de ma lumière. Je ne savais pas, je ne voulais pas, je ne voyais pas, je n’osais pas. On ne meurt pas de trop vivre. On meurt de ne pas vivre assez.

Edward Hitten, le 1er avril 2011

Publicités
Be the first to start a conversation

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :