Salut les gens.

Voici une lettre que je viens de rédiger pour l’organisme qui supervise les médias en Suisse. N’hésitez pas à la recopier et l’envoyer d’où que vous soyez, car ce qui y est dit concerne tout le monde.


Messieurs, mesdames,

Je vous écris pour vous témoigner mon inquiétude face au phénomène de distorsion des nouvelles du monde données par la SSR. Je pense qu’il est équitable d’en attendre une information qui nous donne une idée juste des réalités qu’ils sont censés décrire.

Hors, depuis que j’ai commencé en 2010 à m’informer autant sur internet que par la radio RTS que j’écoute tous les matins, je constate qu’il existe une énorme différence entre ces deux sources. La même différence entre deux partis politiques ou deux équipes de foot. Phénomène que l’on observe aussi dans le monde anglophone.

Une version souvent unilatérale est véhiculée par les médias principaux et une autre version souvent plus complète et variée (qui va du plus crédible au plus absurde) est véhiculée par des médias grandissants et des journalistes indépendants.

Ce qui est inquiétant est que les nouvelles données par les médias comme la RTS bénéficient de la confiance que l’on offre spontanément à ce qui est dit officiel. Toute société existe grâce au bon ordre de la gestion de ses affaires et donc il est normal d’accorder plus de crédit à ce qui est organisé par les organismes publics. Malheureusement je crois que ce statut est utilisé pour dénigrer les entités dites non-officielles qui donnent une autre observation des faits. On les accuse d’être des fake news sans les examiner de plus près et sans donner des arguments convaincants, laissant le public dans l’ignorance. Ce qui est l’exact contraire de la mission des médias.

Question: que peut-on faire s’il était établi que la RTS donne une fausse image de ce qu’elle décrit?

Vision à 95% négative d’un groupe de dirigeants

Pour preuve le fait que sur les sujets particulièrement de la Syrie et de Bachar al-Assad, mais aussi de la Russie et de Vladimir Poutine, des USA de Donald Trump ou de la Corée du nord de Kim Jong-un, on n’entende que des commentaires qui leur donnent une image négative. Les témoignages, d’où qu’ils viennent sont ceux qui sont hostiles à ces régimes, qualificatif qui est systématiquement utilisé pour désigner ces pays. Je n’ai quasiment jamais entendu le témoignage d’un Syrien qui loue l’action du président Assad. Et quand c’est le cas, le commentaire qu’en fait le/la journaliste suggère que ce témoignage n’est pas des plus fiables.

Ces commentaires qui montrent ces réalités sous un jour favorable existent et ne sont pas que des blogs personnels et ils méritent d’être entendus, relayés et examinés avec un œil objectif et non jugeant.

Une situation politique, quelle qu’elle soit, n’est jamais simple comme les gentils contre les méchants. Mais dans ce cas, pourquoi un tel consensus contre les mêmes personnes et mêmes pays? Les entités médiatiques suisses n’ont-elles pas le devoir de nous fournir des points de vue divers afin que l’on se fasse une idée juste de la réalité? Leurs sources sont-elles influencées par des intérêts particuliers?

Car il existe des voix dissidentes qui offrent une version très différente et une analyse très complète des mêmes situations. Sur la Syrie et la Corée du nord, la journaliste canadienne Eva Bartlett (qui a séjourné en Palestine et en Corée du sud, parle arabe et a fait 7 séjours en Syrie entre 2014 et 2017) nous en donne une vision totalement différente. Elle raconte dans ses conférences en détail ses interviews de Syriens de tous bords, les dernières élections, ainsi que d’autres journalistes qui avouent ne pas avoir de sources fiables. Il circule une vidéo fameuse qui la montre à l’ONU démontrer qu’il n’y avait aucune agence de presse présente à Alep occupée alors, et que les seules sources qui s’y trouvaient n’étaient sont pas fiables. Comme l’Observatoire syrien des droits de l’homme (titre pompeux qui donne l’image d’une grande institution mais qui ne serait tenue que par un seul homme à Coventry, Angleterre). Ou comme les Casques blancs, fondés à coups de millions par un ex-officier anglais.

Idem pour les journalistes Vanessa Beeley, Lizzie Phelan, Abby Martin, John Pilger, Michel Colon ou Tim Anderson, l’historien suisse Daniele Ganser, etc.

A savoir une Syrie qui se défend face à une stratégie délibérée pour provoquer un changement de régime, tel que les services secrets américains notamment en sont coutumiers. Même l’ancien ministre des affaires étrangères français Roland Dumas affirme que le renversement de Assad était prévu depuis 2010. Pourquoi n’entend-t-on pas plus clairement ce genre de nouvelles? Existe-t-il des pressions sur nos médias?

Complotisme

Face à ces arguments, on rétorque facilement par une accusation de complotisme (tout en adhérant à celui de la Russie responsable de tous les maux politiques actuels, ce qui est absurde et contradictoire).

Mais les complots n’existent-ils pas? Le mot complot existe-il dans le dictionnaire pour ne rien désigner?

A quoi servent les services secrets anglais, américains ou israéliens? Combien d’exemples de destitutions de présidents pour des motifs stratégiques confirmés des années après? Ou de faux incidents justifiants le déclenchement d’une guerre illégale? Combien de conflits lancés sans l’aval de l’ONU?
La forme est toujours la même: diaboliser le dirigeant du pays à renverser, créer des troubles publics en se basant sur des revendications légitimes, accuser le gouvernement de violences contre les manifestants, payer des agents de désinformation pour sensibiliser le public y-compris intérieur et le reste va jouer tout seul. Les ONG et les médias défendant la victime vont mordre à l’hameçon, perpétuer le mensonge, et la confusion créée est utilisée pour perpétuer la stratégie initiale.

C’est exactement comme allumer un feu et y jeter de l’huile déguisé en pompier.

Les Casques blancs sont de vrais clowns: le figurant commence à crier au top et ensuite il pose avec ses potes. Tellement gros…
Screenshot from 2018-03-03 13-40-43

Propagande/s

Les médias dominants qualifient de propagande les nouvelles données par les chaînes russes Russia Today ou Sputnik. Mais le fait qu’elles soient en partie financées par la Russie est-il une preuve de dépendance? La RTS est-elle de la propagande suisse? Radio France est-elle de la propagande française? Et que dire de CNN ou de Fox News? Cet argument est en partie (plus d’arguments plus bas) basé sur une déformation d’esprit, une idée convenue comme le requin est un animal dangereux, ou comme le Polonais est un ivrogne. La Russie est le pays du KGB donc les nouvelles qui viennent de leurs instances officielles ne sont pas crédibles. Remarquez que dans ce cas, le fait d’être officiel ne mériterait pas notre confiance, alors que quand il s’agit de l’officiel de la RTS, c’est le contraire. N’y a-t-il pas ici un biais cognitif? Ne doit-on pas appliquer les mêmes règles pour tous les éléments que l’on observe pour en comprendre proprement les mécanismes?

Je pense que l’on doit exiger mieux que ça, surtout quand on utilise l’argent public.

Si tout le monde est persuadé que la Russie ou la Syrie est un pays dangereux ou tenu par un dictateur, alors le jour où les USA et leur alliés lancent une attaque (depuis les nombreuses bases militaires de par le monde), l’opinion publique pensera que cela est juste. Ensuite si un de ses pays est réduit à un tas de ruine, un peu comme la Libye actuellement, alors il ne restera plus personne pour nous démontrer ce qui a été la situation réelle sur le terrain. C’est le vainqueur qui écrit l’Histoire, pas celui qui dit le plus vrai.

Exemple 1:
Sputnik annonce le 2 mars 2018 que dans une zone entre le Liban et la Syrie, 20 bases militaires américaines ont été installées. Zone dans laquelle l’ONU se voit refuser l’accès (n’est-ce pas contraire au droit international?) mais où les «rebelles» peuvent circuler. Si c’est vrai, n’est-ce pas une preuve d’une stratégie inflexible visant à attaquer la Syrie? A-t-on parlé de ça sur la RTS?

aleppo christmas_5a4cf968fc7e93c4518b4567

Exemple 2:
Le 23 décembre 2016, RT montre des images de Alep libérée des terroristes. Dans un quartier chrétien, on voit une grande place illuminée de guirlandes pour Noël où les gens festoient et se congratulent. Soudain une explosion. Un explosif n’avait pas été désamorcé. Pas de victime, certains s’agglutinent pour voir ce qu’il se passe, d’autres reprennent les festivités. J’ai cherché à l’époque et encore aujourd’hui: pas une trace de cette nouvelle sur le site d’Info Suisse. Les images ne ressemblent pas à de la fabrication (je pratique la retouche photo, le montage vidéo, l’image de synthèse et j’estime être un bon observateur des effets numériques au cinéma). Pourquoi ne pas donner une bonne nouvelle après des mois de siège? Peut-être pour ne pas contredire la version du Assad-tyran qui est véhiculée? Car des citoyens qui festoient ne correspond pas à cette idée. Est-il possible que Assad ne soit pas un tyran?

Je n’ai pas retrouvé cette vidéo mais en voici qui donnent une idée:

D’ailleurs, peut-on imaginer entendre ça à la radio: «Le président Alain Berset a ordonné à l’armée suisse de bombarder Genève au phosphore blanc. Cette atteinte au droit international a été qualifié de crime de guerre par l’ONU».
Non? L’armée suisse étant une armée de conscription, comment imaginer que les soldats qui la composent attaquent leurs concitoyens? Quel rapport avec la Syrie? L’armée arabe syrienne est aussi une armée de conscription.

Et pourquoi un président martyriserait son propre peuple? Surtout depuis qu’il est sous les feux des observateurs, sachant que des armées de plusieurs pays sont prêts à intervenir?

Objectivité

Face à ces versions diverses, comment s’y retrouver? Je crois qu’il faut écouter tout le monde, ce que ne permet pas la RTS actuellement. Car même si chaque média n’était que propagande pour l’intérêt de son pays, il est nécessaire, comme lors d’un procès, d’écouter tous les points de vue. Ce qui est possible de faire grâce à internet.

Pourquoi transmettre volontairement ou pas de fausses nouvelles?

Pourquoi une corporation entière répandrait des mensonges?

  1. Parce que justement, c’est une corporation qui fonctionne selon ses règles. Notamment que les sources crédibles sont les sources officielles, on y revient. Une stratégie bien organisée va inclure de donner de fausses informations aux principales agences de presse qui ne sont que 3 ou 4. Les petites agences de presse comme SANA ou TAS seront automatiquement reléguées au rang des propagandistes car ne suivant pas le pas des grandes agences. On écarte sciemment une partie de l’info qui ne correspond pas à l’idée dominante, ce qui est la définition d’une doctrine, pas d’une discipline professionnelle.
  2. Parce qu’un journaliste n’est pas infaillible. C’est un être humain dont le matériau de base (l’information) n’est pas tangible et peut être transformé à l’infini. L’information une fois acquise est comme toute croyance: si on est persuadé que la Terre est plate, on verra une terre plate. Si le consensus général parmi ses collègues est que Assad massacre son peuple, pourquoi mettre cette info en question? La force du groupe devient une loi que l’on suit indépendamment de sa nature.
  3. Parce que les journalistes prennent la défense de la victime. On les associe au partis «de gauche», comme si la vie publique comptait des gentils (de gauche) et des méchants (de droite). Présentez-vous comme une victime et vous aurez l’attention des médias. Dénoncez un tyran et ils crieront au loup.
  4. Parce que si une corporation entière devait admettre qu’elle a répandu de fausses nouvelles durant des années tout en prétendant dénoncer les vues divergentes d’en être, cela serait dramatique pour leur crédibilité. Je crois qu’elle est déjà entachée car je sais que je ne suis pas le seul à remettre en question la neutralité des médias.
  5. Parce que les métiers du journalisme, comme tous les autres sont soumis aux impératifs économiques qui lui retirent le temps nécessaire pour exécuter son travail dans les règles.
  6. Parce qu’internet a créé une entité médiatique parallèle (qui contient une tonne de stupidités mais aussi du travail très sérieux et libre de contraintes économiques) et que cela menace la survie des médias payants qui se protègent en se carapassant dans leur système. Les médias sont devenus comme une équipe de foot qui se bat contre une autre, au lieu de chercher à décrire les faits, la vérité, ce qui EST et qui est commun à tous.
  7. Et peut-être parce que quand un journaliste apprend qu’il est (ou doit être) impartial, il a tendance à le croire plus que de le pratiquer. Le fou est persuadé qu’il ne l’est pas.

Témoignage vécu:
Echange sur Facebook avec X, je partage le témoignage filmé d’un Français, Franck Pertegas qui s’est rendu en Syrie. Il interview trois syriennes et leur quotidien à Damas. Rien n’est montré pour ou contre, mais comme juste des gens qui parlent de leur vie. X me dit qu’elle a arrêté de le regarder dès que la voix off dit «Je ne suis pas journaliste». Pour elle, ce témoignage, pourtant filmé sur le terrain n’était pas crédible parce que réalisé par un non-journaliste. Voilà pourquoi la situation médiatique actuelle est dramatique. Tous les jours, on entend les mêmes accusations sur les mêmes personnages. Et une partie du public le prend pour argent comptant.

En tant que citoyen de ce pays et comme la toute grande majorité des gens, je suis sensible à la souffrance de tout être vivant et je veux faire mon possible pour que cela arrive le moins possible. Je veux surtout que les stratégies politiques et guerrières en marche dans le monde soient exposées comme tel par les médias qui sont sensés le faire. Il est possible que les structures financières de nos sociétés imposent leurs lois qui ne sont pas toujours compatibles avec les lois humaines.

Mon souhait est que l’on puisse à nouveau faire confiance dans ce contre pouvoir qui aujourd’hui ressemble plus à un âne qui refuse de boire.


A lire, pour les anglophones.
https://www.rt.com/op-ed/417776-imperialism-ireland-event-liberal/

Une interview de Assad en 2006:
https://www.youtube.com/watch?v=JqQa-QSMMjs

Alep libérée, news de RT:
https://www.rt.com/news/370084-aleppo-liberation-reports-celebrations/


Publicités