R.I.P Pixar

Posted on 27 janvier 2016

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Salut les gens.

Je viens de voir « Vice Versa » (« Inside Out »), le dernier Pixar. J’ai envie de dire zut.

Avant toute chose, il faut savoir que je suis un admirateur inconditionnel de la première heure. Quand ils ont les premiers créé des petites perles humoristiques en images de synthèses (voir Geri’s Game, 1997 ou Knick Knack, 1989),  je savais qu’il y a avait là-derrière des créateurs de tout premier ordre. Ensuite leurs long-métrages l’ont sans cesse confirmé. Toujours inventif, hors des sentiers battus, profondément honnête, techniquement novateur, universel et touchant. Avec pour moi un âge d’or entre 2001 et 2008: Monsters, Inc., Finding Nemo, The Incredibles, Cars, Ratatouille et WALL-E. 6 films à poser au sommet de toute vidéothèque digne de ce nom.

Mais depuis Là-Haut (Up, je sais beaucoup adorent ce film, perso il y a l’intro qui est un chef d’œuvre, les reste, bof), j’ai senti une nette baisse de ce que je vivais avec les films précédents.
Ici, pour la 1ère fois je me suis ennuyé devant un de leur film. La bande annonce était prometteuse mais ouch, très vite, j’ai eu l’impression que le concept n’est pas réellement exploité, sinon comme prétexte à rebondissements. Amusants mais pas pour nous toucher. L’idée de base est très bonne, pas inventée par Pixar, mais bonne. Il y a toujours de jolies idées comme dans tous leurs films. Mais ici, des personnages incarnent des sentiments qui ressentent le contraire de ce qu’ils sont. Ça ne tient pas la route deux secondes. Ça se justifie seulement dans le but d’éviter une éventuelle monotonie des personnages.

J’ai envie de baffer Tristesse

Exemples:
Mademoiselle « Joie » devient triste, ce qui contredit le concept du film.

Le personnage de « Tristesse » (personnage féminin à lunettes et obèse, merci pour elles) aligne bêtise sur bêtise. Depuis quand la tristesse amène-t-elle aux bêtises? Miss Tristesse n’est que l’élément qui amorce les rebondissements, rien de plus. Sa façon de toucher les boules-mémoires, de les « polluer » avec sa tristesse, et d’ensuite dire « Ah je suis désolééé » me donne envie de la baffer à chaque fois (je n’ai jamais ressenti ça chez des personnages de Pixar). Elle est « Culpabilité », « Maladresse » ou « Honte » en plus de « Tristesse »?

La joie de miss Joie ne contamine pas Tristesse, mais elle contamine Joie. A part tout à la fin peut-être. Voilà une vision très pessimiste de l’esprit humain. Ou alors c’est encore une décision guidée pour aider le scénario.

+ Le bonhomme « Colère » par contre est très drôle et il tient sa ligne, ainsi que monsieur « Peur ». Ces deux-là jouent les émotions en les rendant drôles, désamorçant ainsi le négatif de leur nature.

A un moment donné, Joie et Tristesse quittent le centre de commande sans les autres. Ah bon? Parce que quand on vit une expérience, une seule partie de nos sentiments nous accompagnent? Souffrons-nous soudainement de fragmentation de la personnalité? Fallait-il absolument que des personnages restent dans le centre de commande?
N’aurait-il pas été plus sympathique, et surtout plus logique, de faire prendre part tous les personnages-sentiments à l’aventure? De les faire réagir chacun aux mêmes situations qui se présentent avec leur spécificité? Ce serait hilarant de voir miss Joie réagir positivement à chaque mésaventure, non? Ou de voir monsieur Colère râler sur chaque dénouement joyeux ainsi que les autres chacun dans son mode de fonctionnement indépendamment des situations? Prendre le contrepied dans l’action fait partie l’essence même de l’effet humoristique.

Une vision simpliste des émotions humaines

Peut-être qu’une vision simpliste du fonctionnement des émotions humaines a guidé ces décisions. Le film semble nous dire que nous sommes gouvernés par un petit groupe d’émotions qui nous télécommandent comme des marionnettes.

Mise à jour 23.08.2015
Un point positif pourtant: cette façon de présenter notre intérieur permet de prendre de la distance avec nos émotions. De comprendre que nous ne sommes pas nos émotions. Maintenant, de là à les montrer comme des entités à la volonté indépendante, il y a un pas maladroit qui mérite d’être souligné.

Mise à jour 27.01.2016
Point horriblement négatif: aligner horizontalement les émotions de tous types me semblent le fruit de notre société où la pseudo-démocratie est la norme qui doit s’imposer à tous. Ou à laquelle tout le monde respectable doit se soumettre.
Cette façon d’appréhender la psyché humaine nous amène à considérer qu’un sentiment négatif comme la tristesse ou la colère soit partie intégrante et pourquoi pas totale de notre personnalité. Ne trouvez-vous pas ça dangereux? Montrer à nos enfants que dans leurs têtes cohabitent des forces qui peuvent prendre le contrôle de leurs actes peut sembler pédagogiquement valide, mais on peut les interpréter comme la promesse d’une lutte incessante entre bien et mal. Souffrance garantie, car

« Tristesse » étant en moi,
je suis condamné à souffrir

Une façon plus équilibrée de comprendre l’esprit humain est de considérer que fondamentalement nous sommes faits d’une essence vitale et créatrice dont le but est la vie elle-même. Manifestée dans la recherche incessante et indispensable des éléments qui garantissent sa survie: dormir, manger et boire, aimer et procréer. Comment ressent-on ces besoins essentiels? Par le plaisir et la joie. Donc, notre essence est joyeuse. Les tourments qui apparaissent dans notre vie sont une couche plus superficielle de notre esprit. Une couche opaque qui obstrue la lumière de notre être profond, notre essence. Placer ces tourments au niveau de notre joie primordiale qui les dépasse tous est un défaut de vue qui permet des interprétations faussées, engendrant des souffrances qui nous éloignent de la nature même de notre vie.

Nous sommes à des années-lumière en-dessous de leur niveau habituel avant.

inside-out_ege< Les émotions humaines selon Pixar: 4 seulement dont 1 seule est positive.

4 émotions, seulement? Et que fait Dégoût dans la liste? Vous le ressentez aussi souvent que ça dans votre vie quotidienne? Pourquoi ne pas personnifier le Doute par exemple? Ou l’Ennui, c’est un sentiment que l’on connaît souvent dans l’enfance. Pourquoi la Joie est-elle tout en bas de la liste? Pour qu’elle soit lue en dernier et ainsi mémorisée peut-être.
Qu’on ne me dise pas « tu as perdu ton âme d’enfant » (commentaire que l’on trouve souvent sur les forums) ou « tu analyses trop » car je suis le premier à chialer à la fin de Cars et tout le long de Wall-E, même après la 30e vision. Je suis un excellent spectateur des émotions simples et authentiques. Mais quand un truc ne colle pas, ça me tiraille les circuits.

Ce film est réalisé par Pete Docter qui a pondu Monsters Inc., génial; l’histoire de Toy Story 2 (très bonne franchise cela dit); celle de Wall-E, fabuleux. Alors Docter, est-ce grave? Ont-ils épuisé leur filon créatif? Les structures de l’entreprise ont-elles changé?
Ce qui a fait la magie de leurs meilleurs films est peut-être justement une structure de travail unique, une façon de mélanger les compétences qui a produit des œuvres riches et complexes sans être compliquées, touchantes sans être simplistes. Un esprit au sein des têtes dirigeantes qui permet de créer les moments magiques du 7e art.
Est-ce le rachat par la bête immonde Disney, le vampire qui transforme les personnages mythiques de Pixar en produits de supermarchés? Possible. Après avoir vu la catastrophe qu’est le Star Wars VII (Disney s’est offert Lucasfilm pour 3 milliards – ! -), cette théorie se confirme. Le Chiffre englouti tout ce qu’il peut. L’humain est à sa merci.

En tout cas, j’en suis sorti avec une sale impression, carrément. Autant les Wall-E, Nemo ou Les Indestructibles ont ce petit quelque-chose de magique à tous les niveaux, autant celui-ci m’a laissé inquiet et déçu sur l’avenir cinématographique du précurseur qu’à été Pixar.

Précurseurs qu’ils ne semblent plus être car voici leurs prochains projets:
Finding Dory (suite de Nemo)
Toy Story 4 (1 et 2 impeccables, l’histoire du 3 est très proche de celle du 2)
Incredibles 2 (suite des Indestructibles)
Coco, une idée originale, ouf
Cars 3 (le 2 tenait par une bonne histoire mais le niveau n’est pas celui du 1er)
The Good Dinosaur (animation simpliste qui sent le produit pour tout jeune et futur consommateur décervellé)

Pathétique. Il est plus que temps de virer de nos tronches cette gangrène qu’est l’esprit du commerce. Gagner plus, et plus, et plus.

Pixar est devenu une caisse-enregistreuse. R.I.P. Pixar.

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Posted in: Cinéma