Dieudonné: la justesse et l’intelligence

Posted on 6 février 2014

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Salut les gens.

dieudo_nyon945 Nyon, Suisse, février 2014. Vers 19 h 15, j’arrive au théâtre de Marens. Un bon nombre de fans sont déjà là. L’ambiance est tranquille et joyeuse, sans excès. Nous sommes en Suisse… Six ou sept policiers qui n’ont pas l’air d’être sur le qui-vive se tiennent ensemble à l’entrée de la cour extérieure. L’un d’eux répond à mon bonsoir. A l’entrée, on inspecte les sacs, on nous demande d’ouvrir les vestes, de laisser les bouteilles et, c’est amusant, les ananas. Je suis sûr que ce n’est qu’avec Dieudonné que l’on confisque des ananas à l’entrée. Un petit tour aux toilettes et je file dans la jolie salle de 460 places en pente qui permet à tous et toutes de bien voir ce qui se passe sur scène. Le spectacle commence dans 40 minutes et les sièges sont déjà presque tous occupés. Je trouve une bonne place libre dans le premier tiers côté scène.

Comme le dit Dieudonné, son public est très diversifié. Travaillant dans un cinéma, je vois des gens que je n’y vois jamais ou peu souvent: des femmes coiffées du voile musulman et des africains. Il y a une majorité d’hommes entre 20 et 40 ans, des jeunes à l’air étudiants, des couples, quelques « têtes grises », les seniors que nous devenons tous un jour et quelques balèzes tatoués. L’ambiance de la foule n’a rien d’agité ou de perturbé. Tout le monde attend tranquillement le début de la représentation. Seul un jeune barbu au premier rang joue le chauffeur de salle et entonnant un sonore « François la sens-tu qui se glisse dans ton c*l la quene-elle » encourageant le public à reprendre en cœur et qui l’applaudit. Une fois, deux fois, la troisième devenant de trop, un agent de sécurité s’approche de lui et lui touche un mot, le public siffle un peu. A trop en faire… L’agent fait son travail, rien à redire là-dessus. J’échange quelques mots avec mes voisins à ma gauche et derrière moi. Des gens sympatiques et ouverts.

Un Dieudonné simple et décontracté

Dieudo_nyon_2014_f Photo tirée de la page Facebook « Les dieudonnistes de Suisse ».
20 h, les lumières se tamisent, ça commence. Comme souvent une introduction sonore nous demande d’éteindre nos portables pontuées de jeux de mots dieudonnesques. Ensuite la scène s’illumine sur un rythme africain et enfin le maestro apparaît, fidèle à lui-même, souriant et confiant dans le soutien de son public. Il est immédiatement acclamé par le public qui se lève en entier pour le saluer.
Dès les premiers instants où on le voit, il est tel qu’on le découvre sur internet ou en DVD (préférez les DVD, hein?) Simple et décontracté. Je me demandais si j’allais voir un homme avec une forte présence, comme c’est le cas avec les gens qui ont un vécu intense, ou qui par leur expérience de la vie dégagent une force, une stature qui en impose. Et bien non, pas chez lui. Il est simplement là à jouer son spectacle, à jouer ses personnages anonymes ou connus. Pas d’ego perceptible, pas d’agressivité, juste son humour qui pîque là où il y a une vérité à dire. Humour que l’on aime ou pas, mais humour tout de même. Aucune malice dans ses propos, aucune basse méchanceté, rien, nada. Il se défend face à ceux qui l’attaquent par de bons mots drôles ou insolents certes mais en restant toujours hors de l’insulte gratuite. Cela fait dix ans qu’il est ostracisé par les grands médias et le gouvernement français au travers de ses dirigeants vendus à un pays étranger colonialiste, et malgré ça, il reste correct, il ne sombre jamais dans la colère et la vengeance. Nombreux sont ceux ou celles qui tomberaient dans le piège de la colère. Lui pas. Si vous voyez tous ces spectacles et ses interventions publiques ou filmées vous vous en convaincrez. Je dis: chapeau l’artiste.

La finesse d’un être juste et intelligent

dieudo_nyon_quenelle_97_nDepuis que la polémique a enflé au sujet de son geste nommé « quenelle » notamment à cause de ceux qui veulent à tout prix le discréditer ou de ceux qui répètent sans réfléchir ce que disent les premiers, la municipalité de Nyon a renforcé la sécurité en plaçant des agents dans la salle, mais aussi en enregistrant le spectacle par des petits appareils (petits enregistreurs MP3 j’imagine) placés sur chacun des deux pupitres installés sur scène. Des huissiers de justice écoutent, en direct ou en différé on ne sait pas, pour vérifier si l’artiste tient des propos qui seraient « hors-la-loi ».
Le talent de Dieudonné est de jouer avec ça. A plusieurs reprises, il se penche sur les appareils d’enregistrement et dit: « Ça va monsieur l’huissier, ça je peux dire? » ou autres vannes de ce genre qu’il inclut de façon très maligne dans le texte. Il est très fort.
Encore meilleur: tenant compte de la surveillance de ses propos concernant LE sujet délicat par excellence: la shoah, les Juifs et leur souffrance qu’ils semblent souhaiter éternelle, il ne fait référence à ce sujet que par suggestion. Par exemple, il cite un cas réçent: un monument a été érigé pour commémorer le martyr des africains, mais ces africains, quand ils ont demandé une réparation financière, Hollande leur a répondu que le passé ne peut pas être monétisé. Là-dessus, Dieudonné dit: « Mais si on peut pas être remboursé… » S’en suit un long silence qui sans le dire nous suggère qu’une autre communauté qui a été martyrisée obtient régulièrement tous les honneurs et les réparations financières. Le public applaudit à tout rompre, comme à chaque blague qui touche juste.

Le spectacle qu’il joue s’intitule « Asu Zoa » et remplace « Le Mur » interdit en France. Légalement autorisé en Suisse, mais j’imagine qu’il joue la prudence. Il l’a écrit au lendemain de l’interdiction du « mur » en trois nuits, pour maintenir les dates de sa tournée. Et le texte est bon. Ce n’est pas un sous-spectacle de remplacement vite et mal écrit. Encore une fois: chapeau l’artiste. Mise à jour: après avoir vu « Le Mur » en DVD, je trouve même que « Azu Zoa » est meilleur, mieux construit.

Le prince de la quenelle, c’est Romain

dieudo_romain_07_nLe spectacle se termine par un hommage que Dieudonné rend à Romain (ci-dessous le communiqué au sujet de son décès), un jeune suisse qui en phase terminale d’un cancer généralisé a demandé à le rencontrer personnellement. Voir la vidéo ci-dessous. Dieudonné, en toute humilité raconte comment Romain, sur scène fait mine d’être affaibli pour provoquer une mouvement d’inquiétude, et ensuite se relever et faire une quenelle. Et pour terminer 1 h 20 de spectacle, les derniers mots de Dieudonné, ponctués du fameux geste irrévérencieux: « Quenelle… dans le fion de la peur. » La scène s’éteind, l’acclamation explose.
Quel final. Lumière, Dieudo salue le public debout qui obtient deux rappels. L’artiste nous remercie la main sur le cœur, pose pour une quenelle collective comme il le fait souvent et s’en va récupérer avant la deuxième représentation trente minutes plus tard. Il bosse le bougre.

Pour conclure, que dire? Cette phrase finale et « quenelloforme » qui nous dit: « N’ayez pas peur » témoigne des belles intentions de ce personnage, de cet humain qui se soucie de ses semblables. Nous étions là pour voir l’homme en vrai, pour lui témoigner notre soutien, pour rire ensemble, pour dédramatiser les souffrances, pour nous moquer des puissants et des menteurs. Nous n’avons pas été déçus.

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Communiqué de Dieudonné suite au décès de Romain:
Chers amis je vous annonce la mort de Romain le jeune maitre quenellier de Suisse à qui nous avions dédicacé notre film Métastases. La paix de Dieu sur lui et mes condoléances à sa famille. Il nous a illuminé en repoussant les limites de la quenelle encore plus loin. Nous sommes tous très émus, il restera dans l’histoire comme celui qui a fait du glissage de quenelle un acte mystique. Il est l’ange de notre révolution quenellienne. Inspirons-nous de sa grâce et de son panache. Dieudo

Bon papier du journal La Côte titré: médias et policiers plus agités que les fans de Dieudonné à Nyon.

Mon autre article sur Dieudonné.