« La Vie d’Adèle »: un film ambigu

Posted on 22 octobre 2013

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Salut les gens.

Je projette depuis trois semaines avec un peu de raz-le-bol j’avoue, la dernière palme d’or de Cannes 2013, « la Vie d’Adèle » de Abdellatif Kechiche.

Mise à jour 11.12.2015
Le film voit son visa d’exploitation révéalué. Dans un communiqué, l’ARP, la société des auteurs-réalisateurs-producteurs a réagit vivement à la décision de la justice: Les « Nous ne pouvons nous satisfaire de voir la culture et la liberté de création soumises au joug des tendances moralistes ».
Voilà deux questions: 1) Peut-on tout faire et tout montrer au nom de la liberté d’expression? 2) Va-t-on élever les films pornographiques à côté des autres œuvres cinématographiques?

Je le qualifie d’ambigu car il a quelques qualités certaines mais aussi un grand nombre de choses dérangeantes et laisse à sa vision une impression désagréable, comme quand on est face à une personne qui nous ment par exemple. Les gens bien disposés prennent les qualités et en font un chef d’oeuvre et les gens critiques ou méfiants en font une daube. Je pense que les défauts font largement pencher la balance en faveur de la daube. Je m’explique.

Vrai ou faux chef d’œuvre? Faux!

Pour faire court, et si vous n’avez pas envie de lie le reste de cet article, je dirais que « La Vie d’Adèle » est la face sombre de « Amour » de Michael Haneke, la précédente palme d’or, ce dernier étant lui un authentique chef-d’œuvre. Même thématique, même cinématographie, mais là où le premier cherche son sujet à gros sabots emballés de chaussettes de soie, le second nous y fait entrer sans superflu dans toute sa dimension universelle, touchant au plus profond de ce que chacun peut aller. Certains dont le sujet touche de près, n’y vont pas.
Kechiche lui, plante sa caméra sur la figure (et le reste) de ses actrices, laisse tourner à n’en plus finir et surtout laisse ses actrices à leur sort. Il s’agit-là d’un faux bon film vendu comme un chef-d’oeuvre par la presse française embourbée dans l’esprit de la loi du mariage pour tous, pro-homo-égalité-laïcité et vive le libéralisme.

adele_66e-festival-de-cannes-16-gMais ce qui me turluclito, heu pardon, me turlupine le plus, est que ce film est vendu, encensé comme un chef d’œuvre, alors qu’il a clairement et objectivement de quoi être discuté. Les authentiques chef d’œuvres transpercent les opinions personnelles, en général. Ils ne font pas l’unanimité (quand c’est le cas, méfions-nous) mais ils reçoivent une majorité d’impressions favorables. Quand le 99% de la presse se répand en qualificatifs truculents, c’est qu’il y a probablement un consensus, une idée commune qui guide ces braves gens et masque le réel qui n’est jamais noir ou blanc.
Dans un contexte (en France) de lois libertines pro-gay dont la majorité des Français ne veulent pas, ce film sonne comme une propagande montrant une « belle jeunesse » comme dit Kechiche qui s’épanouit dans l’homosexualité. D’ailleurs, je pense que ce film n’aide en rien la cause homosexuelle.

Réactions du public Suisse romand

Je constate qu’en sortie de séance, le public est majoritairement peu enthousiaste. Certains partent à la moitié du film, d’autres me témoignent leur gêne et un je-ne-sais-quoi qui les dérange. A part les scènes de sexe très explicites et insistantes, il y a autre chose qui tiraille les neurones. Comme quand nous sommes face à un double discours. On a du mal à former une idée claire de ce qui est dit ou montré. Ambiguïté.
Ces avis viennent de jeunes, vieux, cinéphiles et pas, étudiants et autre.

Arguments

Je pense que ce film est le fruit d’un cinéaste qui a su par le passé créer une œuvre touchante (La Graine et le Mulet) mais qu’ici, son ego a pris le relais. Certains divulguent que Kechiche n’est pas des plus modeste. Si on est persuadé de faire un chef d’œuvre, on risque fort de quitter l’équilibre, la justesse nécessaire à en faire un. Pour s’en convaincre, voici quelques aspects du film.

1) Adèle participe à une manifestation de la CGT. On l’entend hurler plus fort que tous les participants présent. Voir une actrice s’égosiller de la pareille manière n’est pas naturel. On imagine très bien Kechiche lui demander de pousser sa voix au maximum pour exprimer la passion… Ou plutôt, l’image de.

2) Scène de groupe, Adèle qui semble attirée par la gent féminine, se voit agressée verbalement par ses copines de classe. Adèle riposte en insistant et répétant plusieurs fois: « Je ne suis pas lesbienne, combien de fois il faut te le dire, mais arrête de m’agresser à la fin, je t’ai déjà dit que je ne suis pas lesbienne, etc… » Redondance dans les dialogues. Excessif et faux pas dessus le marché, car Adèle a déjà montré plus que de l’intérêt pour les filles, plus que pour les garçons.
Ensuite Adèle attaque physiquement l’autre jeune demoiselle. Message possible: pour défendre votre orientation sexuelle, vous avez le droit de frapper. La caméra insiste suffisamment pour que cela se remarque sur le visage de « l’homophobe », fixant un rictus de haine tout droit sorti d’une caricature. Grossier et grotesque, comme pour nous planter le message à la figure: « Les gens qui critiquent l’homosexualité sont de méchants homophobes cruels ». S’il est vrai qu’une personne qui en critique une autre pour son orientation sexuelle est jugeante et intolérante, le montrer d’une façon si exagérée est soit de la maladresse, soit de la malhonnêteté, du jugement en retour.

3) Adèle va au musée avec Léa, l’objet de son désir. Paf! Que vont-elles voir? Des statues et des peintures de nu féminin. Grosses ficelles, comme on dit.

4) Adèle flirte avec Léa, elles sont dans la verdure, elles se regardent, encore, et encore, et encore. Redondance, encore. A trop en faire on tue l’intention originelle. Adèle embrasse Léa, sourires et paf! Plan suivant, elles sont nues et c’est parti pour 6 minutes 30 de sexe descriptif ou : comment jouir entre femmes, mode d’emploi. La bouche, la langue, en haut, en bas, avec les doigts. En plein éclairage, en gros plans et plan général. Pas de suggestion ici, non monsieur, nous montrons au public asservi ce que nous avons décidé de montrer (d’imposer). Car l’amour c’est beau voyez-vous. Oui, t’as tout bon p’tit gars.
Personnellement, je dirais que c’est de l’amour avec a minuscule, car l’Amour lui, n’a pas besoin d’exhiber les chairs, l’Amour est ce qui soutient toute chose vivante. Il est là dès que l’on montre ce que l’on aime.
Enchaîner une scène de baiser tendre avec une scène de lit de plus de 6 minutes, est-ce bien le grand Amour? Pas sûr, je dirais plutôt que c’est de la passion physique. C’est aussi le procédé des films pornographiques, avec la séduction en plus. S’enfoncer dans l’excès est courant dans l’art, mais est rarement signe de qualité.

5) Adèle et Léa sont ensemble, au milieu d’un cortège genre gay pride. Ensuite, long plan d’elles s’embrassant, encore et encore avec le soleil couchant en contrejour, pile entre leur bouches. Ça ressemble à une parodie de film romantique.

6) Après la première scène de sexe, il y en a deux autres, tout aussi descriptives. Mais ce qui est troublant, c’est qu’elle sont intercalées avec des scènes de visite chez les parents respectifs. Comme si on voulait associer la famille, le platonisme et la sexualité passionnelle.

7) Adèle pose nue pour son amante, une cigarette à la bouche et a le pubis rasé. Pour ne pas choquer avec des poils? Vu ce qui est montré dans le film, quelques poils ne seraient pas un grande affaire. Est-ce une mode chez les femmes de se raser? Je ne sais pas vous, mais pour moi le poil, c’est l’adulte. L’absence de poils, c’est l’enfant, ou la pornographie où le pubis imberbe est la norme. Dans les deux cas, ce n’est pas bien glorieux. Surtout qu’au début de l’histoire, Adèle à quinze ans. Légalement en-dessous de la majorité sexuelle. Histoire d’adolescents ou suggestion de normalisation de pédophilie?

8) Adèle trompe sa compagne avec un homme, pourquoi? Je ne sais pas. Léa s’en apperçoit et la confronte. Scène d’engueulade avec cris, paroles jetées comme des briques au visage, est-ce comme cela que ça se passe en vrai? Dialogue redondant, encore. Le naturel n’est pas au rendez-vous.

9) Les parents de Léa (lesbienne affirmée et artiste) sont des bobos propres et bien comme il faut (voir le sourire encourageant de la mère), tolère l’homosexualité de leur fille. Scène de sexe juste derrière. Ceux de Adèle sont des prolos un peu coinçés et rationalistes. Elle leur cache son homosexualité. Scène de sexe (encore) juste derrière. Message: homo-cool, hétéro-coinçé? Pourquoi cet enchaînement de scènes familiales et de sexe?

10) Au début, Adèle est attirée par un garçon, elle couche, ça ne va pas. Ensuite elle regarde tout ce qui ressemble à un/e homo et trouve ça fascinant. Elle couche avec Léa, tout va bien. Ensuite elle la trompe en couchant avec un homme. Quand Léa l’apprend et jette Adèle dehors comme une malpropre, Adèle la supplie car elle l’aime. Message: faisons tout ce qui nous voulons, tant que c’est pour le plaisir, c’est parfait. Du début à la fin, l’actrice Adèle Exarchopoulos affiche un air perdu, la bouche entrouverte. Soyons inconscients, soyons libres, vive la vie où tout est permis. Un vrai message libéral déguisé en histoire d’amour.

good_badRessemble à, mais n’est pas

Ce film est tourné à la manière « naturaliste ». Pas de musique si ce n’est celle des lieux filmés; longs plans-séquence suivant la protagoniste; plan très serrés sur les visages; scènes de tous les jours, notamment durant les repas. Ce style permet de nous plonger dans le quotidien de ce que vivent les personnages, de les suivre comme leur ombre. Cela fonctionne à merveille à condition que les acteurs soient excellents, ce qui n’est pas toujours le cas ici.
Dans « Elephant » de Gus Van Sant, nous suivions au jour le jour des étudiants de l’école Colombine aux USA, juste avant la tuerie qui coûta la vie à 13 personnes. Cette approche sans fioritures, voire banale, si elle déstabilise ou ennuie au départ, après un certain temps elle devient fascinante car elle nous implique totalement dans ce qu’il se passe à l’écran. Ainsi dans le film de Van Sant, quand la tuerie a lieu en fin de film, nous restons choqués et surpris, comme quand nous assistons réellement à un événement dramatique. Et puis juste après, le quotidien reprend son cours. Van Sant a réussi à nous faire vivre le drame sans musique, sans suspense apparent. On en ressort déstabilisé, abassourdi.
C’est ce qui arrive quand le film est fait avec honnêteté, sensibilité et talent. Pour « La Vie d’Adèle », on ne peut pas dire que ce soit le cas.

Consensus

La presse française dégorge les superlatifs à la quasi unanimité au sujet de ce film. A tel point que l’on est en droit de se demander s’il ne s’agit pas là d’une manifestation de croyance collective, de moutonnage de la pensée, comme cela arrive régulièrement, indépendemment d’ailleurs de la qualité réelle du sujet. Ou alors les qualités de ce film sont tellement fortes et évidentes que même les aveuglent peuvent les voir, haha.
Vous savez, quand on vend aux Français un film palmé à Cannes avec de la fesse dedans (qui aide à faire parler de lui), c’est de l’art, car cela colle avec leur perception de l’amour. Leur Marianne n’est-elle pas seins nus dans le célèbre tableau de Delacroix?
Seule Florence Ben Sadoun dans sa critique (à lire en bas) dans le magazine Elle a donné une petite étoile (sur quatre) à se film.

« Stupéfiantes de naturel »

Peut-on lire chez les journaleux. Je n’ai rien vu de tel. Elles jouent leur rôle, point. Naturelles, oui, mais pas « stupéfiantes », il ne faut pas déconner. Peut-être bien que dans le contexte du film, pendant les scène de sexe, il est très difficile d’être naturel. Pour le reste, je ne vois que deux atrices qui la plupart du temps jouent à être naturelles. Il faut l’être pour que cela fonctionne. Donner aux personnages les prénoms réels des actrices ne suffit pas à créer le naturel.
La mise en scène est naturaliste, mais cela ne change pas le sujet filmé. Coller une caméra sur la figure des gens ne crée pas le naturel chez eux.

Amour universel?

Certains écrivent que cette histoire n’est pas seulement une histoire lesbienne. Mais… Mais leur histoire d’amour est largement montrée au travers de leurs ébats, donc forcément axés sur le saphisme. Leur déambulation dans la foule des bars et des manifestations homo en témoigne. Multiples plans sur des femmes qui s’embrassent, encore et encore.
Adèle, après avoir testé une relation hétéro, ne l’a pas aimé, elle fréquente un bar gay. Elle semble fascinée par les femmes et les hommes homosexuels. Ce n’est pas qu’elle rencontre une femme et que, surprise, elle réalise qu’elle est attirée par elle. Ce qui arrive chez les jeunes qui se découvrent homo. Du tout. Elle semble attirée par le fait que deux êtres de même sexe soient intimes. Rien à redire là-dessus, mais est-ce de l’amour? Ou est-ce une façon de nous montrer que l’homosexualité, wouah, c’est diiingue, trop coool.
Amour universel? Mon oeil. Question aux hétérosexuels: vous sentez-vous concerné par les enjeux de l’histoire en voyant ce film?  Vous y reconnaissez-vous? Si oui, il peut bien être un film universel. Si non, c’est un film lesbien.

A ce sujet, un détail qui me choque: en France, ce film n’est interdit qu’aux moins de 12 ans. Dans l’article en lien, les explications discutables de Gauthier Jurgensen du CNC, la censure française. 12 ans? Alors qu’en Suisse, il est limité à 16 ans, suggéré 18. Voilà une info qui va dans le sens d’une incitation au lesbienisme, non? 12 ans… veut-on apprendre aux jeunes comme c’est bien et jouissif d’être homosexuel? Est-ce pour élargir l’audience potentielle pour assurer la perennité commerciale du film?

Ce qu’en pensent les lesbiennes. Elles ne s’y retrouvent guère. Eclairant, non?

Révélations sur les conditions de tournage

C’est Léa Sédoux qui a vidé son sac la première, il est vrai après avoir accueilli la Plame d’or sans broncher, en dénoncant les conditions de tournage imposées par Kechiche. Ce dernier a répondu en affirmant se sentir humilié. Pauvre chéri. Quand des acteurs des films de Kubrick parlaient de ce qu’il ont vécu lors des tournages interminables du maestro, ils en riaient, ils en gardaient un souvenir positif. Kubrick assumait plein-pot, affirmant qu’entre les prises 1 à 15, c’était nul, entre la 16 et 30, on commence à voire quelque-chose de potable, et à partir de 30, on commence à travailler sérieusement. On peut légitimement contester son ultra-perfectionnisme, mais quasi personne ne conteste son talent et la qualité de ses films. Leur niveau étant parmi  de ce qui s’est fait de mieux au cinéma.
A ce jour Kechiche menace d’attaquer Léa Sédoux en justice. Bravo, voilà une belle démonstration d’intégrité artistique, d’amour universel.

Attitude de l’actrice Adèle Exarchopoulos

Si Léa Sédoux semble être une personne raisonnable lors des interviews, Adèle Exarchopoulos par contre ressemble plus à une jeune idiote inculte. Elle insulte Christine Boutin (élus française qui s’est positionnée contre le mariage pour tous) pendant une émission sur Canal Plus, la chaîne des bobos, en prenant la pose d’une révolutionnaire juvénile et son doigt d’honneur. Une carrière qui se termine avant d’avoir commencé peut-être.
Mais d’ailleurs, pourquoi insulter une femme politique  qui s’affirme contre le mariage pour tous, loi que la majorité des Français ne veulent pas? N’est-ce pas étrange? Est-ce juste pour se la jouer jeune et rebelle? Ou alors c’est un signe qu’il y a aurait un lien entre le film et cette loi? On ne saura jamais, mais on peu se poser la question.

Kechiche aurait affirmé au sujet des critiques de Léa Sédoux: « Une incohérence flagrante » et ont été dites avec « une arrogance d’enfant gâté ». C’est marrant parce que c’est exactement ce que l’on peut dire de l’attitude de Adèle Exarchopoulos.
Autres mots de Kechiche: «Si mon film n’avait pas été récompensé à Cannes, je serais aujourd’hui un réalisateur détruit, comme on dit, un homme mort» Ah bon? Cela veut-il dire que la Palme d’or lui a été décerné volontairement? Ou qu’il fallait cette récompense pour compenser ses faiblesses?
Un cinéaste, même exigeant, récolte les fruits de son talent et de son travail avec ses collaborateurs. Ces polémiques sont soit créées pour le discréditer, soit sont la manifestation de réalités qui lui sont défavorables.

Abdellatif Kechiche : « A ceux qui voulaient détruire “La Vie d’Adèle” » Article écrit par l’intéressé sur Rue89.

Florence Ben Sadoun, ELLE

Pourquoi alors ai-je résisté au pouvoir de séduction immense que « La Vie d’Adèle » a eu sur la presse et sur le jury de Cannes ? Difficile de l’expliquer en sortant de la salle, devant le grand sentiment de solitude et de lassitude qui m’envahit alors. Je n’ai pas supporté la longueur de ce film, ces trois heures, parce que je n’en ai pas compris la nécessité. Quand le film s’arrête, il pourrait continuer encore… Parce que, au-delà de la scène de la rencontre et du coup de foudre, qui est magnétique, je me sentais voyeuse, comme si j’entendais les injonctions du réalisateur qui disait aux actrices de se mettre la fessée pour mieux jouir. Oh le bruit de la claque à répétition! Et la suite des événements avec les révélations des actrices sur le tournage me fit presque passer pour un devin. Pourtant, même si je n’ai pas à cru à cette histoire d’amour, j’ai été fascinée par les deux jeunes actrices qui se sont données corps sans âme, je l’espère. Même si je crois avoir vu la caméra de Kechiche filmer le vrai sommeil d’Adèle Exarchopoulos, peut-être entre deux prises. Et toucher aux rêves d’une jeune femme, n’est-ce pas voler son intimité?

Sur le tournage des scènes intimes.

Les avis quasi unanimes des gratte-papier en faveur de l’objet.