« Chronicle » et « Monsters »: deux grands petits films

Posted on 12 mars 2012

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Salut les gens.

Dimanche matin, train de chez moi jusqu’à Lausanne. 10 minutes de marche entre la gare et la vallée du Flon, direction Pathé, 11:00, Chronicle en version originale sans sous-titres. Dingue, heureusement que mon anglais est suffisant. Mais non, je ne me la pète pas. Mais quel plaisir de ne pas avoir des titres blancs qui attirent et pètent les yeux, en plus d’entendre la vrai voix des acteurs. Je le sentais bien ce « petit » film, après avoir découvert il y a quelques mois les premières images. _

« Chronicle », l’histoire d’un jeune homme timide

Synopsis. Un jeune home nommé Andrew. Les premières images le montrent dans sa chambre. Il vient d’installer la caméra vidéo qu’il vient d’acheter. A la porte, son père colérique et alcoolisé tambourine, le sommant de lui ouvrir. Andrew lui répond qu’il est saoûl, qu’il lui ouvrira quand il sera sobre, qu’il filme tout.
Voilà qui pose le décor. C’est l’histoire d’un jeune homme timide, sûrement sensible et intelligent, mais aussi mal dans sa peau, comme on peut l’être à cet âge-là. Toute l’histoire s’articule autour de lui, de son vécu, de sa vie partagée entre les lycéens qui se moquent de lui (le traitent de freak), les soins qu’il doit apporter à sa mère malade, son père qui le maltraite, son cousin et fidèle ami avec qui il va au lycée en voiture. C’est là la grande qualité de ce film. C’est un témoignage de la difficulté d’être un adolescent sensible qui reçoit un cadeau. Celui de pouvoir bouger les objets à distance.
Avec son cousin et un ami de celui-ci, ils découvrent un trou dans le sol, en plein champ. Ils y découvrent un objet lumineux semblant être en vie. Leur nez se met à saigner.
Aucune autre explication n’est offerte. Car ce film est un found footage, ou un faux témoignage, sorte de reconstitution d’événements comme s’ils avaient été vécus, filmés et dont on regarde le résultat à l’état brut. Ce style de cinéma fiction-vérité, quand il est bien fait, offre le réalisme d’un tournage amateur et la richesse d’une fiction. Dans un premier temps, c’est la joie de la découverte. Imaginez, de la télékinésie! Ils s’adonnent comme les jeunes hommes qu’ils sont à des jeux et des farces envers le quidam dans un magasin, ou la dame qui retrouve sa voiture mystérieusement déplacée de quelques mètres. Rien de méchant. Seulement de plaisanteries. On voit vite qu’Andrew est le plus doué. Les gens timides cachent souvent de grands talents. Par la suite, et qui rend crédible cette l’histoire, ce sont toujours les attitudes des gens face à Andrew qui vont déterminer ce qui arrive, de façon plus en plus dramatique. A travers ce qu’il vit, grâce et à cause de son pouvoir, le cinéaste nous montre comment les situations nous condamnent parfois à agir de la pire des manières. Comment un grand pouvoir dans les mains d’un être blessé et jugé par ses pairs peut devenir destructeur.
Il y a un peu de Carrie, de Brian DePalma, ou même de Monster (et pas Monsters, ci-dessous), avec Charlize Theron, dans la façon dont on est amené à ressentir de l’empathie pour un personnage sensible qui ne demande qu’à être compris et accepté comme il est. Avant de le voir, j’ai lu une critique très positive de Roger Ebert (en anglais, mais installez un traducteur sur votre navigateur ou apprenez l’angliche), puis d’autres plus nuancées et une carrément négative. C’est étonnant parfois à quel point nous voyons différemment les mêmes choses. Pour ma part, je n’ai rien vu de raté, d’incohérent. Tout m’a paru plausible (dans le contexte de l’histoire) et même assez juste. Car la magie du cinéma est de nous faire croire que ce qui se passe sur l’écran est réel. Si l’on accepte les choix des cinéastes qui sont forcéments les leurs et pas les nôtres, et qu’on observe sans juger mais avec un esprit critique, Chronicle est un excellent film. Il captive crescendo, il amuse, il touche, il impressionne par de brefs moments de démesure. Il nous fait vivre ce qui pourrait arriver dans cette possibilité qui est proposée (devenir télékinésique). Ce n’est pas vraiment un film pour ado dans sa forme, il y a certes un peu de légèreté, quelques blagues, un personnage dans lequel ses contemporains peuvent se reconnaître, mais le rythme n’est pas excessif. Ce film est adulte par son fond, par ce qu’il veut nous montrer. Donc, à voir, en VO si possible. Doubler des dialogues comme ceux-là est une galère.


 

Dans le genre de petit film, passé discrètement au cinéma mais qui mérite le détour, nous avons Monsters. Pour ce film aussi, Ebert nous gratifie d’une critique élogieuse. Ce mec a le don de percevoir les films comme ils sont, (quasiment) sans jamais juger selon ses goût personnels. Et c’est la marque d’un grand esprit.

« Monsters », un faux film de monstres

Monstres, en français. Un film qui fait peur? Oui, un peu. Mais mais ô grand MAIS, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Synopsis. Texte sur fond noir. Une sonde spatiale rentrant de mission avec des échantillons extra-terrestres à son bord, explose au-dessus du Mexique. Assez vite, des formes de vie inconnues aparaîssent. Une partie du Mexique est déclarée « zone infectée ». Image. Un reporter-photographe pose des questions, il cherche un hopital où de trouveraient les victimes d’une attaque d’une ville sud-américaine par on ne sait quoi. Il est débrouillard, parle un peu espagnol, il se fait emmener en scooter. Arrivé à l’hopital, il recoit un coup de fil du grand patron du journal. Il doit escorter sa fille jusqu’aux USA. Ils vont devoir, vous avez deviné, traverser la zone infectée par les créatures.
Ce film est l’histoire d’un voyage et d’une rencontre amoureuse. Les monstres du titre ne sont que le décor. La zone infectée, le prétexte à des images splendides de jungle parsemée de restes de bateaux, d’immeubles abandonnés, de traces de combats inégaux entre l’armée et la population contre une menace invisible. Car on ne voit quasiment jamais les créatures. On joue ici à se faire peur avec des bruits dans la nuit broussailleuse. On s’émerveille aussi en voyant des champignons luminescents réagir à la lumière d’une lampe-torche. Je ne vous raconte pas la fin, elle est d’une grande simplicité et d’une grande beauté. Elle nous montre comment la nature, fut-elle d’une autre planète, s’organise et tente de de perpétuer elle-même. Pour citer Ebert: « Le monstre est dans l’œil de celui qui regarde ». La musique est celle d’un voyage, traînante et atmosphérique, suspendue comme l’attente des deux protagonistes, ou la marche à travers la verdure, la découverte d’un temple Inca. Monsters est un film simple et qui sonne très juste à mon sens. On s’intéresse à ce que vivent le photographe (son fils qu’il ne voit que trop peu) et la fille du big boss (son futur mariage organisé et qui ne l’enthousiasme guère). Un film qui n’a l’air de rien mais qui est humain, qui nous fait vibrer et nous fait vivre ce qui, dans le contexte encore une fois de l’histoire, peut raisonnablement arriver.
A signaler qu’il est réalisé par Gareth Edwards qui cumule la mise en scène, la direction photo, l’écriture, le design de production et les effets spéciaux. Il l’a tourné avec un budget ridicule et avec ses économies personnelles, un preneur de son, les deux acteurs et c’est tout. Chapeau mon gars.

Ci-dessous le trailer qui ne rend pas du tout (comme souvent) le rythme temporisé du film:

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