L’addiction internet « éclate » le cerveau

Posted on 8 mars 2012

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Salut les gens.

En plein travail intérieur, et devant impérativement restructurer la façon dont j’emploie mon temps et mon énergie, je partage avec vous comment je ressens, qu’elle est la nature de l’addiction à internet.

Une addiction prend le pas
sur tout le reste

J’ai connu ça par le passé. C’était une addiction au jeu vidéo en ligne. Regardez un moment cette vidéo. Le joueur en question n’est pas un tout bon, il se fait toucher assez souvent, mais c’est la norme dans ce genre de map, ou carte, ou lieu tri-dimensionnel dans lequel l’action du jeu se situe. Mais cela donne une idée du jeu et de la map sur laquelle j’ai passé des mois et des mois.

Une addiction commence toujours
par du plaisir

Il est important de bien avoir ça à l’esprit quand il s’agit de jauger une situation. Le plaisir est le moteur pour tout. Mais l’humain étant ce qu’il est, ce plaisir a son revers de médaille.
Dans mon cas, le jeu débarque dans ma vie avec Quake, le premier (1996). Le premier volet de cette série est un « FPS » (first person shooter ou jeu de tir à la première personne) en solo. Comme on le voit sur la vidéo, la vue subjective (l’on voit à travers les yeux du personnage qui prend part à l’action) vous immerge dans le jeu. La manipulation se fait par le clavier et la souris. Clavier en main gauche: trois doigts pour les touches de déplacement avant, gauche, droite, et recul. Souris en main droite (pour un droitier évidemment): mouvement de la « tête » dans le jeu, et donc du réticule de visée de l’arme. Cela donne une splendide liberté de mouvement, les déplacements étant indépendants du point de vue. On peut marcher de côté ou longer un mur tout en épiant alentours.
Comme je le décris dans mon article Le jeu vidéo est aussi un art, le plaisir de l’immersion est délicieux. On y vit une aventure que l’on ne peut (raisonnablement) pas vivre en vrai. Le piège dans lequel je me suis planté est que Quake 3 Arena nous permet de jouer en ligne. Tac, voilà le truc qui fait tic.

Le jeu en ligne est le plus addictif des jeux

Quelle a la grande différence? C’est qu’en ligne, nous ne sommes pas seuls et la variété du jeu s’en trouve largement agrandie. Car un jeu n’est qu’un programme visant à nous faire aller d’un point A à un point B. En ligne, les autres joueurs qui se connectent au serveur qui centralise l’aire de jeu apportent chacun leur vie, leur expérience.
Cela est flagrant dans les jeu nommés « massivement » multijoueurs, comme World of Warcraft. Ces jeux sont des quêtes, des aventures magiques où l’on accepte des missions, on rencontre et discute (par écrit) avec les protagonistes (les autres joueurs, quelque-part dans le monde). Dans Quake 3 Arena, c’est bien moins élaboré. Les dialogues sont au mieux pour savoir qui fait quoi dans l’équipe, ou au pire pour dire: « Tiens mange ça connard » en le pulvérisant avec son railgun (fusil à rayon) dans un grand bruit splouachhhttr.
La seule présence d’un connecté donne une toute autre épaisseur à l’expérience. Car on sait qu’en face (dans le jeu), il y a autre chose qu’un robot répétant les mêmes schémas. Il vous observe et réagit à ce que vous faites. Le jeu devient extrèmement palpitant. D’autant plus quand on joue à deux équipes l’une contre l’autre en mode « capture de drapeau ». Pour moi le sumum du jeu en ligne. Car intervient alors la stratégie pour aller attraper le drapeau de l’équipe adverse et défendre le sien. Les différentes personnalités des joueurs présents décident qui est un défenseur ou un attaquant, demandant chacun des capacités adéquates. On joue contre les autres mais aussi, et c’est passionnant, en collaboration avec les membres de son équipe. Non seulement nous ne sommes pas seuls (dans le jeu) mais en plus nous associons nos efforts pour accomplir une tâche. Ici, marquer un certain nombre de points (chaque fois que l’on prend le drapeau dans le camp adverse et qu’on le ramène dans notre camp) défini à l’avance. Qui attaque? Qui défend? Quand un ennemi entre dans notre camp et qu’on est seul, la pression est sur nous. On peut appeller à l’aide, etc…
Donc, ce type de jeu, de mode, de carte offre la possibilité de vivre la collaboration, la concentration extrème (il faut voir la rapidité des meilleurs joueurs, c’est impressionnant), les réflexes, de l’anticipation, du sang-froid, de la patience, de l’assiduité, du fair-play, de l’action, du dépaysement. Comment ne pas en vouloir plus?

L’addiction prend place
dans un terreau favorable

Aucune pratique ne porte en elle l’addiction, à part les drogues évidemment. L’addiction se colle à tout. Il est normal de vouloir du plaisir C’est ce que nous cherchons tous. La vie est riche de ce que nous aimons. Donc quand on tombe sur un filon, on creuse. Parfois, nous creusons notre tombe quand l’espace y est propice. Un individu, ayant une vie équilibrée dans ses relations (passer du temps seul ET avec les gens), ayant une activité ou une passion qui le motive à la réaliser quotidiennement ne risque pas tellement de tomber dedans. Car la place est déjà prise. Maintenant, les choses changent, la vie bouge. On perd un travail, sa/son partenaire, une maladie, et voilà que le temps ainsi libéré, ou le chagrin à vivre trouve un salut dans le jeu. Dans mon cas, étant plutôt solitaire et introverti mais aussi passionné, il est facile pour moi de me plonger dans cet univers.
J’y ai plongé environ deux ans, peut-être trois, pendant lesquels j’y ai consacré au minimum quatre heures par jour. Souvent plus, et parfois jusqu’à quatorze heures conséqutives. Quatorze. C’est long, vu de l’extérieur. Il faut savoir que internet ou le jeu en ligne retire presque totalement la notion de temps. On sait que le temps n’a aucune réalité, que c’est une sorte de vue de l’esprit qui tend un fil entre la mémoire du passé et le présent. Ce fil n’est plus là quand on est plongé dans le jeu, car nous sommes totalement présents, accaparés par l’action. Ainsi, on peut oublier la faim et la fatigue.

Le proverbe dit: nécessité n’a pas de loi. Le plaisir lui, n’a pas de temps.

L’addiction à internet est un peu différente. Elle est moins tendue, moins prenante dans son intensité, mais existe grâce à la variété infinie des contenus. Ces sites internet se comptent par centaines de millions. Largement de quoi attiser notre curiosité. L’humain est curieux, dès qu’il y a un truc à voir, il y va. Pareil avec des millions de trucs. Cela fait des millions de moments devant son écran, la tête en pleine recherche et le corps en pleine immobilité.
Envie d’apprendre, de se renseigner, de jouer, de passer le temps, d’oublier, de se distraire, d’échanger. Quoi de plus normal? Le problème est que quand la vie concrète est dénuée de contacts sociaux, ou qu l’on vit des passages difficiles, ou simplement que l’on a beaucoup de temps libre, il est tellement plus facile d’allumer son ordinateur que de sortir faire quelque-chose, voir du monde, faire du sport. Remarquez que quand j’étais accro au jeu, je courais trois à quatre fois par semaine, entre huit et vingt kilomètres en montagne. Etre capable de courir Sierre-Zinal n’est pas incompatible avec une addiction au jeu.

La variété enrichit et disperse

Voilà où je veux en venir avec le mot « éclater » du titre. Si la variété offre de nombreuses possibilités, elle entraîne aussi la dispersion. Si nous sommes conduits par un projet précis, ou si nous sommes assez discipliné (bien que quand on surfe pour le plaisir, on n’a pas envie de s’astreindre une discipline), nous tenons notre but, nous trouvons ce que nous cherchons et basta. Il semble que pour certains, cette abondance, cet océan d’images appelle à s’y plonger. Et eventuellement s’y noyer. La curiosité, si elle est une qualité au départ, devient vite un piège.
Mais la grande métamorphose que cette addiction engendre est selon moi, la structure de pensée devenant de plus en plus éclatée.
Internet nous éloigne de notre localité (de là où nous sommes physiquement) pour nous projeter ailleurs. Comme l’esprit quitte l’instant présent quand il ressasse le passé ou imagine le futur. L’attention étant ailleurs, l’esprit est comme absent à lui-même, ou absent à l’être qui l’englobe. D’où l’impression de flottement que l’on ressent quand nous « sommes sur la toile, et l’impression de quitter un rêve (un trip) quand on ferme le navigateurs internet. Pas besoin d’éteindre l’ordinateur (mot intéressant, il ordonne), c’est en coupant la fenêtre sur internet que la différence se sent. Nous somme à nouveau « là ». Retour du pays des merveilles virtuelles et intangibles. Le réel est plus simple, pur, plus solide.

Exemple 1. Quand on effectue une tâche matérielle (par ex. fabriquer un objet décoratif), on est obligé de faire une chose après l’autre dans un certain ordre, sinon l’objet ne voit tout simplement pas le jour. La matière impose sa loi. Un matériau devant devenir un objet précis doit passer par des étapes et des manipulations.
Dans le mental, il n’y pas de matière physique et palpable pour nous contraindre des marches à suivre. Dans le cas de l’objet à fabriquer, les gestes sont ordonnés par le mental, qui pour matérialiser l’objet-matière doit se structurer. Il y a dans ce cas coordination matière/pensée. Un proverbe africain dit: « Quand tu réfléchis, bouge tes pieds ». Parfaite image de l’équilibre entre le corps et l’esprit.
Exemple 2. Quand il s’agit de trouver des informations sans internet, nous devons lire ou parler avec des gens. Trouver les livres, trouver les gens, leur numéro de téléphone, les appeller, etc… Cette démarche implique le corps, la voix, les gestes. Même si le but reste très immatériel, les actes pour l’atteindre se font dans l’équilibre intérieur/extérieur.
Exemple 3. Quand il s’agit de trouver des informations avec internet, nous sommes immobiles, face à un écran qui vous bombarde les yeux de lumière (de fréquences) durant le temps qu’il faut pour les réunir. Tout en évitant évidemment de se laisser tenter par la curiosité qui sort de sa boîte, tel un diablotin sur son ressort.
La structure d’internet est une multitude de points reliés les uns aux autres au gré de leurs liens. Il y a tellement de points et de directions à suivre, que le mental, pour s’adapter, reproduit cette structure. Tout comme il s’adapte quand il doit réaliser une tâche matérielle (linéarité), il s’adapte à cet imbroglio infini de lignes et de points (multiplicité). Presque comme du mimétisme. On dit que l’humain est le champion de l’adaptation. A notre époque où l’informatique (et sa structure) est partout, nous devenons un peu comme des ordinateurs. Affairés non plus à visiter le monde, mais sur nos portables, le nez collé à leur écran, nous ignorant les uns les autres.

Pour mon part, plus je passe de temps sur internet, plus je me sens hors du réel, « déconnecté » de ce monde. Je me sens moins présent à ce monde. A l’inverse, je ne me sens jamais aussi bien que dehors dans la nature, en activité, quel qu’elle soit. Dans une période où je dessine plus (où je lâche mon addiction), je me sens intérieurement plus calme, plus vivant, plus « utile » à ma propre vie.

Quelle est l’utilité d’internet?

La réponse pragmatique est évidente. Mais quand nous passons des heures à chercher une info, à suivre les liens sur wikipédia nous enmenant d’une connaissance à une autre, à quoi cela sert-il? Enrichir notre savoir. Bien, mais après? Si nous en avons besoin pour fabriquer un objet, c’est notre salut. Si c’est pour accumuler du savoir pour la quantité, cela ne sert à rien. A part gonfler notre ego, éventuellement.
Moi qui écrit ces lignes, quelle est la nécessité de le faire? Transmettre une information, une réflexion. Bien mais après? Quelqu’un m’a-t-il posé une question? M’a-t-on demandé mon avis? Tout le temps que je passe ici n’est pas utilisé pour mes activités artistiques, qui sont le centre de ce que je sais faire dans ce monde. C’est une question de priorités.

Une addiction n’a pas besoin de raison pour exister. Elle est la conjonction d’une situation personnelle avec des choix, des désirs, des intérêts, des peurs. Tout ce qui fait notre condition humaine avec laquelle nous vivons tous les jours.

La clef est l’équilibre

Facile à dire, c’est vrai. Pour cela, c’est comme pour tout problème qui survient dans notre vie, il faut se demander honnêtement qu’est-ce qui a créé cette situation et avoir le courage de trouver la réponse. Observer les signes, les retours de ceux qui vous connaissent, observer les événements de la vie qui nous rensignent, qui donnent des pistes. Trouver et mettre en œuvre les moyens pour changer la donne.

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