Lettre ouverte à Catherine Bellini

Posted on 6 novembre 2011

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Salut les gens.

Réaction à un article de l’Hebdo au sujet de la chasse et des animaux que l’on met à mort. Article à lire plus bas.

— Face à la naïveté d’une âme sensible, vous rétorquez par de la fausse sagesse. Ou peut-être n’est-ce chez vous qu’une théorie mentale jugeante pour justifier votre position professionnelle et pour remplir un coin de page.
Ce qui touche quand un être vivant perd sa vie, ce n’est pas l’intention du boucher. Il fait son travail. Travail qui implique, même s’il est attentionné avec ses bêtes, de les tuer.
Ce qui touche est qu’un animal ne demande qu’à conserver sa vie. Comme nous tous. Le même instinct de survie nous anime. D’où vient donc ce droit que se sont octroyé les humains pour le faire?
Cela touche comme quand nous sommes témoin de la mort d’un être humain, même s’il est de ceux qui mettent à mort d’autres être vivants. Qu’un boucher aie à cœur de respecter l’animal, qu’il prenne le temps d’assaisonner la chair, ne change en rien le fait que le bestiau est mort pour nourrir nous autres bipèdes persuadés que la viande nous est nécessaire, voire bénéfique.
Ce que vous nommez une complainte des âmes sensibles est la manifestation du lien, du point commun qu’il existe entre nous tous, êtres vivants. Tu souffres – je me sens touché. Cela marche aussi avec les animaux, vous savez. Au printemps de leur vie, mettons-nous à mort nos chats? Nos chiens? Pour les manger?
Peut-être acceptez-vous que l’on mette à mort un être vivant pour que vous puissiez vous remplir la panse. C’est votre droit. Mais de grâce n’insultez pas celles et ceux qui écoutent leur âme et agissent en accord avec elle. Car il existe des humains qui arrivent à s’extirper des croyances populaires et se libérer de la norme carnivore.

Eddy Juillerat, le 6 novembre 2011

Rapport aux bêtes

Par Catherine Bellini – Mis en ligne le 12.10.2011 à 15:36

Avec le temps de la chasse vient la complainte des âmes sensibles. L’une d’elle, encore toute jeune, s’indigne régulièrement face aux chasseurs, des êtres forcément mauvais. Cet automne, elle semble troublée.

LES BOUCHERS ONT PARFOIS LA NOSTALGIE.

C’est la faute à Kessel. A la lecture de son célèbre Lion, elle vient de découvrir qu’un chasseur connaît les bêtes sauvages, qu’il les tue, mais qu’il les aime aussi. Ce chasseur-là ressemble un peu au boucher qui cajole le boeuf avant de lui tirer une balle dans la tête, parce qu’un animal détendu est la promesse d’une viande tendre et goûteuse.

Ce boucher connaît aussi la vie de ses victimes, il lui arrive de fouler les prés où elles broutent la luzerne et le pissenlit. Il sait de quoi se compose le filet qu’il caresse avant de le trancher. Et, quand il jette les herbes aromatiques dans la viande et les mélange, il sourit en pensant aux saucisses qu’il accrochera dans le fumoir.

Il a respecté la bête, il respecte son client. Parfois, il lui arrive d’entendre le long cri perçant du cochon qu’on égorge dans la ferme d’à côté, il a alors envie de pleurer. Quand ils parlent de ce boucher- là, les bouchers des villes et des supermarchés se livrent.

Ils regrettent de ne pas avoir eu l’occasion de regarder les bêtes dans les yeux, de ne pas les avoir touchées, chaudes et vivantes, avant de découper leur chair. C’était cela leur métier, leur rapport aux bêtes. Les bouchers ont parfois la nostalgie. Ils savent que celui qui tue la bête l’aime aussi.

On l’apprend dans une boucherie de campagne, la jeune âme sensible et citadine l’a appris dans un livre.