Comment vivre en Suisse avec 2000 frs par mois

Posted on 4 août 2011

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Salut les gens.

Ci-dessous: « Travaille, achète, consomme, meurs. »

Vivre en Suisse avec un salaire (très) modeste est possible, à condition d’avoir des besoins modestes. J’ai envie de dire que c’est souhaitable. Pour le changement intérieur que cela peut occasionner. Car quand on n’a plus les moyens de s’acheter tout et n’importe quoi, on se concentre sur l’essentiel pour réaliser qu’il en faut peu pour être heureux, comme dit la chanson. Le deuxième effet magique est que ne dépensant plus, il nous reste suffisamment pour l’essentiel et surtout énormément de temps libre. Avoir du temps pour soi, n’est-ce pas ça le grand luxe? Laissez-moi vous raconter mon histoire. Ce n’est pas qu’une question de sous et de matériel. C’est surtout un état d’esprit.

 

Avant
En 1986, j’entame un apprentissage de compositeur-typographe, en Valais. 4 ans plus tard, une place se libère à l’imprimerie où je travaille. Le 15 janvier 1991, j’emménage dans mon premier chez-moi, un vrai bonheur. Petit loyer, 650.- pour un mazot sur les hauts de Martigny. Calme, vue sur la vallée du Rhône et vigne environnantes rendent la vie plus qu’agréable. Salaire de typo: 3900.- par mois, puis 4200.- après une bonne recommandation du rédacteur en chef du journal.
Je n’ai pas de voiture. Je parcours les trajets à vélo. 4 km, 100 m de dénivelé, 4 fois par jour, 5 jours par semaine. Assez pour qu’en 6 mois, je me fasse des cuisses de cycliste. Je vous promet que c’est agréable de se sentir fort d’avoir de belles jambes.

Photo: « J’achète donc je suis. »

Premier avant-goût du style de vie qui va suivre: travailler à 80 %
La conjoncture est basse dans le métier, je réduis mes heures de travail. Travailler quatre jours et être libre trois, je vous garantis que c’est le pied.

En Valais, les impôts étant assez bas, j’accumule la petite somme de 30’000 frs en quelques années. Pas de voiture, peu de charges, je ne sors pas trop. Il est vrai que je n’ai jamais été un grand dépensier, je ne fais pas de folies. Ça aide.
Mais dépenses il y a. Elles sont sélectives, basées sur les passions que je découvre.

Par exemple:
– Mon beau-frère de l’époque a l’envie de construire une maquette de train électrique. Il y a de la place, je dessine un plan, j’achète les rails, une tonne de matos roulant. 17’000.-
– Je découvre la photo grâce à un voisin qui me montre son appareil argentique moyen-format. Coup de foudre et hop, je l’achète, avec 2 optiques, le matos de développement en chambre noire et tout le toutim. Environ 20’000.- y passent.
– Découverte suivante vers 1994: l’informatique et l’image de synthèse qui balbutie à cette époque. Ordinateur 8000.- et le logiciel 3D Studio 5000.-
J’achète finalement ma première voiture.

Et un jour, un événement qui me donna le coup de pied
salutaire: je perds mon job.

Entre parenthèse, par le meilleur patron que j’aie eu jusqu’ici. Se faire virer est un belle opportunité de changer pour différent, pour l’expérience, pour avancer.
Quelques jobs plus tard et sans grande motivation, je me dis que je dois changer de vie. Je me souviens alors d’une phrase que ma dit une chère amie: « J’ai su qui j’étais quand j’ai quitté mon lieu d’origine ».

La nouvelle vie
Je trouve un job de caissier aux cinémas de Montreux et déménage à Châtel-St-Denis. Pas loin du travail, près des montagnes, petite ville tranquille et sympathique.
Le premier mois, quand je vois arriver la fiche de salaire, ça fait « gloup » dans ma gorge. 1700.- Je passe donc d’un mois à l’autre d’un salaire confortable d’environ 4000.- à 1700.-
C’est là que tout change pour moi. Car…

Quand on a peu de moyens,
on a peu de besoins

Je réalise que quand l’argent était là, je le dépensais à mesure. Pas dans des folies, mais dans des bricoles. Pas de quoi me ruiner mais c’est toujours de l’argent qui sort en permanence. Avec 1700.-, on regarde de près ce qui sort du porte-monnaie. Et bien, je vous le dis: tout va bien. Je ne suis plus esclave de cette envie impulsive de consommer, tel un robot télécommandé par toutes ces choses inutiles qui envahissent les magasins. Je les regarde sans aucune envie. Plus de moyens, plus de besoins. L’essentiel se révèle au grand jour. Manger, se loger, point. Le reste n’existe pas. Je me demande encore comment j’ai pu vivre autrement tellement cela me paraît simple et sain.

Aujourd’hui
J’ai un petit loyer de 540.- qui me permet de ne travailler que le minimum: 3 soirs par semaine comme projectionniste dans un cinéma. Imaginez que tous mes jours de semaine sont libres du matin jusqu’en fin d’après-midi, 3 jours sur 7. Les autres jours, c’est les vacances. Parfois on me demande: « Tu prends des vacances cet été? » Je répond que je suis tout le temps en vacance.
J’habite dans le canton de Fribourg qui a des impôts dans la moyenne nationale, mais pas aussi bas qu’en Valais par exemple. Avec un salaire d’en moyenne 2000.- par mois, les impôts de cette année représentent seulement 450.- Une pécadille. Je les paie avec le sourire, alors que je vois certains sortir des milliers de francs en fin d’année avec des grimaces dignes des pires hémorroïdes…
Toujours grâce à mon bas revenu, mon assurance maladie obligatoire est subventionnée à 100 %. Ma franchise est certes au maximum (2500.-) mais je ne suis (quasiment) jamais malade et je n’achète jamais de médicaments. Un peu d’homéopathie quand le cas se présente ou des huiles essentielles pour les besoins ponctuels. Quand j’ai une petite grippe (ou état grippal), je bois des tisanes, je me repose, je mange léger. Depuis l’automne passé, j’ai décidé de m’ôter de la tête qu’il est normal de tomber malade une fois par hiver. Depuis, rien. Un petit mal de gorge, trois jours et loin. La santé est dans la tête, je vous le dis.
Ce qui est dingue, c’est que j’arrive à mettre des sous de côté. Largement de quoi m’acheter mon matériel photo, informatique, vêtements de marche, de sport, vélos,  chaîne HI-FI, etc… On ne peut pas dire que je vive comme un clodo.

Photo: « Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire. »

Etat d’esprit
Cette situation s’accompagne d’un état d’esprit: la simplicité. Savoir se contenter de se que l’on a. Je ne vais pas en vacances à l’autre bout du monde, mais j’apprécie comme un immense cadeau chacune de mes randonnées en montagne ou en forêt. Je ne vais pas souvent au restaurant, mais je m’offre des pique-nique  seul ou entre amis au bord d’une rivière. Je ne vis pas dans un grand et spacieux appartement, mais je me suis débarrassé de ce qui prend de la place et est inutile; je sais sortir dès que j’ai envie de bouger. Je n’ai plus de voiture, mais je roule en vélo, ce qui me maintient en belle forme générale à passé 40 ans. Je mange équilibré et naturel: marché, fruits et légumes frais, et des produits BIO. Car manger une nourriture saine est assez important pour que l’on y mette le prix. C’est un choix. Payer le moins cher possible n’est pas toujours la meilleure solution. Je n’achète pas toujours du matériel neuf, mais les ventes d’occasion (genre les boutiques Zig-Zag pour les habits, Ricardo.ch pour tout) en regorgent en très bon état. Je médite tous les jours, ce qui ne coûte rien et rapporte intérieurement beaucoup.

Travailler moins libère énormément de temps libre. A tel point que l’on peut sombrer dans la paresse. Trop de temps libre ramollit. C’est pourquoi il faut apprendre l’auto- discipline. Se donner rendez-vous avec soi-même, comme me l’a dit un jour un ami. Nous sommes notre propre source de motivation. Plus ou peu d’obligations qui nous poussent à avancer. C’est là que l’on devient vraiment autonome.

Donc au final, mes factures mensuelles se résument à:
– loyer: 540.-
– électricité (énergie verte, un peu plus cher): env. 50.-
– téléphone/internet: 80.-
– une assurance-vie (152.- tous les 3 mois): 50.-
– nourriture: env. 300.-
– train/bus (avec abonnement demi-tarif CFF 60.- en hiver): env. 30.-
Total des dépenses obligatoires: 1050.-

C’est le strict minimum qui est presque la moitié de mon salaire. Pas mal non?
Il faut rajouter les variantes habituelles, dépenses impévues pour changer les pneus du vélo, chaussures et vêtements, etc…

En 1 an: 12 x 1060.- + impôts 450.- = 13160.-

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Pour paraphraser un dialogue de Tyler Durden dans le génialissime Fight Club de David Fincher:

Vous n’êtes pas votre travail.
Vous n’êtes pas combien d’argent vous avez à la banque.
Vous n’êtes pas la voiture que vous conduisez.
Vous n’êtes pas le contenu de votre portefeuille.

Vous êtes bien plus. Vous êtes quelque-chose qui ne se converti pas en monnaie, en matériel, en habits.
Qui vous êtes, c’est à chacun de vous de le découvrir.

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