Les critiques cinéma: des pisse-vinaigre nombrilistes

Posted on 30 juillet 2011

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Salut les gens.

Il existe des gens (d’autre gens je veux dire), des bipèdes pensants dotés de mains pleines de doigts qui écrivent ce qu’ils pensent des films qu’ils ont vu. Pourquoi le font-ils? Peut-être pour répandre la bonne parole, pour persuader les pauvres lecteurs crédules et soumis qu’ils détiennent la vérité ou pour se sentir exister. Guider le cinéphile occasionnel qui n’a pas la curiosité de voir par lui-même, ne serait-ce qu’une bande-annonce? Pour donner leur avis? Voilà le problème. Un avis, nous en avons tous un. Il est personnel et intéresse presque uniquement celui qui l’énonce.

Un critique cinéma objectif
est aussi rare qu’un banquier altruiste.

Ce matin à la radio, PAF! La subjectivité crasse a encore frappé. Un scribouillard s’exprime sur Cars 2 de Pixar. « J’aime pas, le premier j’ai pas aimé, etc… » S’en suit un chemin de croix verbal de son supplice à visionner ce film. Tu n’aimes pas? Mais ON S’EN FOUT!  Nous voulons avoir une petite idée de ce que nous pourrions avoir envie de voir et surtout, nous voulons aimer le cinéma. Si un film est considéré comme « mauvais », que cela soit basé sur des critères concrets et réels, pas sur « moi j’aime pas ».

C’est souvent un problème d’ego du journaliste qui exprime son humeur, sa personalité, sans se rendre compte qu’il impose un jugement sur une œuvre qui peut potentiellement plaire au spectateur. S’exprimer avec objectivité demande de la retenue, de l’humilité. De sortir de sa bulle de perception.

A l’école de journalisme, apprend-t-on à écrire « j’aime » ou « J’aime pas » et c’est tout? Comme à l’école primaire? « Moi je, j’aime pas, j’en ai marre… » Allume-t-on la radio pour entendre le raz-le-bol d’un grincheux? Le travail du critique est-il de balancer son avis personnel basé sur ses perceptions et son expérience, qui ne concernent que lui? Il existe quelques rares critiques, qui savent différencier leur part de spectateur de leur part d’observateur. Ils offrent leur observations, tout en informant sur leur avis en sachant le faire comprendre. Ainsi, le lecteur, en recevant une information libre de jugement de valeur, ne se laisse pas influencer.

Le critique cinéphile qui bouffe du film à longueur de semaine a un problème qu’il ignore: il voit trop de films. Il en voit bien plus que la majorité des gens. Il analyse, découpe et dissèque. Il offre souvent un avis en fonction de SON expérience. Son expérience étant éloignée de celle du public auquel il s’adresse, comment peut-il prétendre le conseiller?

Travaillant dans une salle de la Riviera vaudoise, je constate très régulièrement que des spectateurs se laissent influencer par un nombre d’étoiles sans le 24 Heures (par exemple), quotidien au demeurant de bonne qualité. Ce film n’a que 2 étoiles, pouah, ce doit pas être terrible. Quel gâchis! Combien de films ai-je vu être massacré à coup de notation inquisitrice? Des films parfois de facture honnête, voire des œuvres de bonne valeur, plus rarement des films exceptionnels. Il est vrai que le chef-d’œuvre perce le voile de la conscience critique. Mais pour les autres films, ceux qui ont quelque-chose à dire, à montrer, à faire sentir, sans être des monuments du 7e Art, que de films oubliés, que de perles perdues, que d’innovations jetées aux orties. Quand je découvre une œuvre de cinéma qui tente honnêtement de faire passer un message et qu’elle est ignorée du public à cause de journaleux poussifs enfoncés dans leurs « culture » et leur opinion, j’en suis sincèrement navré. Pas parce que la fréquentation assure mon gagne-pain. Juste parce que le travail et les talents nécessaires pour aboutir à ces deux ou trois kilomètres de pellicule ou ces gigabytes de données est énorme et sincère. Que ce résultat mérite souvent d’être apprécié. Ensuite, à chacun de choisir ce qu’il veut voir selon son niveau d’exigence, évidemment.

Ne pas anticiper, ne pas s’attendre à voir ce que l’on a envie de voir. Voici la grande erreur que commet une partie du public: « s’attendre à ». Combien de fois entend-t-on: « Je m’attendais à… » Si avant d’avoir vu, on se fait une image de l’objet et qu’il ne correspond pas à cette image, on risque fort d’être déçu. Et c’est entièrement de notre faute. Nous nous sommes coupé de toute possibilité de trouver du plaisir en anticipant une réalité que nous ne connaissons pas encore. On peut appeler ça de la folie. Imaginez n’aimer que ce qui correspond à vos attentes. Votre champ d’appréciation se retrouve limité à ce que vous aimez et surtout vous pataugez dans les mêmes envies Ad vitam æternam. A la longue, le plaisir s’étiole. Le plaisir se nourrit de nouveauté. Alors au lieu d’attendre, regardez. N’anticipez pas, soyez curieux, soyez ouverts et aller voir ce qui vous attire, ce qui vous titille, ce qui peut vous apprendre.

N’anticipez pas, soyez curieux

Il faut redonner au gens le choix. Dans quel état d’esprit sommes-nous quand on tire à boulets rouges sur un film qui ne nous a pas plu? Colère? Vengeance? Inconfort? Incompréhension? Refus? Désintérêt? Avons-nous vraiment envie d’offrir ce genre de sentiments? Sommes-nous conscient de l’effet de nos écrits, de nos pensées? Tirons-en nous une impression de pouvoir de cette situation? Sachant que les goûts sont multiples et divers, comment peut-on prétendre conseiller qui que ce soit? Je n’ai pas aimé Transformers II mais dans la salle il y avait des adolescents qui ont apparemment adoré. Je peux dire que j’ai trouvé ce film désastreux et indigeste mais je ne peux pas lui attribuer une valeur négative, car il en a une positive pour d’autres.

Je connaîs un seul critique cinéma digne de ce nom: Roger Ebert. Il détaille très précisément. Il a une capacité d’observation rare. Il arrive à trouver les intentions, les enjeux d’un scénario, d’en jauger les effets, s’ils atteignent leur objectif ou pas. Il arrive à se distancer de ses goûts, décrivant positivement un film comme Fast Five, qui est un vrai produit de studio, plein de cascades incensées ciblant les jeunes. Son champ d’appréciation est très large, à part à ma connaissance, un sujet: la vie après la mort. Par exemple le film de Peter Jackson (la trilogie du Seigneur des Anneaux) comme Lovely Bones n’a pas du tout eu son approbation, comme beaucoup d’autres scribouillards d’ailleurs. Alors que si l’on adopte l’idée centrale du film, à savoir la possibilité que l’existence de ce que nous sommes ne se limite pas à cette vie physique et qu’elle continue après la fin de notre mort sur Terre, alors ce film se révèle magistral et résonne très fort à l’intérieur. Remarquez que Jackson témoigne dans les supplément du DVD de Fantômes contre Fantômes, qu’il en a déjà vu de ses yeux. Il est donc certainement ouvert à la réalité de l’existence d’une continuité au-delà de cette vie.

Les perceptions sont toujours personnelles. Quand on n’aime pas une chose, c’est-à-dire quand on sent émerger en nous le sentiment de déplaisir, ceci n’arrive qu’en nous, et nous-seul. L’objet vu n’y est pour rien. A un groupe de dix personnes, un même film va résonner de dix façons différentes. C’est bien la preuve que la notion de aimer ou ne pas aimer est entièrement personnelle. Dans ce cas, comment écrire une critique? De la façon la plus basique qui soit: en transmettant des informations. Pas un avis, pas un sentiment, pas une émotion, des informations. L’histoire nous parle-t-elle, est-elle bien comprise, l’image est-elle bien rendue, que montre-t-elle, les personnages sont-ils bien décrits, leur intentions sont-elles claires, si non, est-ce voulu, que veut nous dire le cinéaste etc… A partir de celles-ci, on peut en tirer une émotion dans le but de faire sentir lesquelles le film procure. Là, on ne manipule pas l’avis du lecteur, car il a lu l’information avant. Libre à lui d’acquiescer ou pas. Il est difficile de ne pas émettre une opinion, de rester objectif. Notre ego attrape la moindre occasion pour se valoriser, pour contredire, pour séparer, pour cataloguer. Alors que le cinéma a pour but, dans la plupart des cas, d’offrir un moment hors du temps, hors de notre réalité quotidienne ou au contraire de nous y plonger, de la magnifier, de nous toucher au plus profond de nos tripes, de nous élever, de nous sensibiliser, de nous apprendre, de nous divertir. Tous ces instants, ces trésors sont parfois saccagés en un coup de plume.

Arrêtez de critiquer!

Parler de ce que l’on aime, ignorer ce que l’on aime pas. Plus de critique. Observons et disons ce que nous avons trouvé. Taisons ce qui ne nous plaît pas et contentons-nous de dire ce qui est, en indiquant à qui cela peut plaire.

Comme le découvre Anton Ego à la fin de Ratatouille de Pixar, il est facile de critiquer ce qui a été créé par un autre. Il est difficile par contre de savoir apprécier les choses comme elles le sont. De ne pas rejeter ce qui n’est pas comme on le veut et de savoir embrasser une chose nouvelle, d’en tirer la beauté, même imparfaite. Mais qu’est-ce la perfection?