Salut les gens.

Mise à jour 22 octobre 2019.
Voici le poème bien connu de Rudyard Kipling conjugué au féminin.
Il fut un temps où j’étais plus naïf. Je pensais que de féminiser ce qui est masculin était légitime, était un redressement de quelque-chose qui était dominant. Aujourd’hui, j’ai compris que ce poème parle d’un homme à un autre homme. Que si bien des lignes valent aussi pour toute femme, tout ce qui est masculin n’a pas d’identique au féminin. De même que des qualités intrinsèquement féminines ne trouvent pas d’équivalent masculin.
Chaque genre a ses spécificités dont certaines semblables à celles de l’autre mais passer au féminin un texte écrit en pensant à un homme ne fait pas honneur à la nature humaine.


Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;

Si tu peux être amante sans être folle d’amour,
Si tu peux être forte sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haïe sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d’un seul mot;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en soeur
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructrice;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’une penseuse;

Si tu peux être dure sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudente,
Si tu sais être bonne, si tu sais être sage
Sans être morale ni pédante;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront;

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras une Femme, ma fille.

Adapté de Rudyard Kipling