La fin de l’âge du nucléaire

Posted on 28 mars 2011

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Salut les gens.

Ci-dessous, un très bon édito du rédacteur en chef de l’Hebdo.

Une petite observation personnelle au préalable. Les défenseurs du nucléaire ne semblent pas vouloir croire qu’il est possible de produire suffisamment d’énergie avec plusieurs autres méthodes, toutes moins dangereuses, coûteuses à entretenir et fabriquer. Ou ils ne veulent pas y croire. Car cela leur demanderait un trop grand effort, déjà pour admettre qu’ils ont tort, qui est un obstacle difficile pour beaucoup, et un effort pour se passer d’alliances qui les maintiennent au pouvoir. Toute cette grande pourriture d’un système qui autorise le mélange des intérêts. Tant que la politique n’est pas totalement indépendante du système monétaire, elle sera soumise à ses lois mathématiques.
Ils argumentent à tout va qu’il n’est pas réaliste de s’en passer. Sur quel fondement se basent-ils? De quelle réalité parlent-ils? La leur? Les données scientifiques sont connues depuis des années. Des inventions géniales voient le jour de par le monde. Les expériences, dont celle de Fukushima qui n’est qu’une parmi d’autres, nous démontrent la fragilité de cette technologie. Y-compris en ce qui concerne les centrales qui sont installées dans une région sans séismes. Que celles et ceux qui accusent les « gauchistes » d’utiliser l’événement récent du Japon à des fins idéologiques ravalent leurs paroles. Ce genre d’événement est malheureusement là pour rappeler la réalité de l’atome.
Certaines manipulations des éléments naturels sont dangereuses. Point. Voir ici la page des incidents nucléaires de wikipédia. Etonnamment, vous ne trouverez pas de page « incidents du photovoltaïque »… Par contre, il existe une page « incidents éoliens« . Dégats matériels légers.

Une centrale nucléaire est
une machine à vapeur

Comme d’autres, je ne demande pas mieux que d’avoir du courant électrique en abondance pour pouvoir bénéficier des avantages de notre société. Mais pas à n’importe quel prix. Il faut penser à l’essentiel et le protéger. Boire, manger, dormir, le tout en bonne santé.
Petit rappel, pour savoir de quoi nous parlons. Une centrale nucléaire est une machine à vapeur, dont l’eau est chauffée par une réaction nucléaire contrôlée. Si par une suite d’erreurs humaines ou par une panne technique, la perte de ce contrôle arrive, elle entraîne une fuite de radioactivité, une fusion du noyau de la centrale ou éventuellement une explosion atomique. Outre les dégats dûs à une explosion, il reste la radioactivité qui se balade dans l’air, contamine tout sur son passage et provoque des perturbations dans l’organisation de nos gênes. Si vous avez le cœur bien accroché, tapez atomic babies sur google et faites des cauchemars. Le plus cruel et pervers des films d’horreur n’a jamais imaginé de telles abominations. Les cellules exposées (elle sont ionisées) ne se répliquent pas correctement, ce qui entraîne une mutation. On trouve aussi des images de bébés irakiens déformés dû au bombardement à l’uranium. Merci Oncle Sam.
Et sympa l’uranium. Un minerai fossile, peu répandu, cher à extraire, cher à enrichir et dangereux pour notre santé. Pourquoi ne pas l’utiliser? Ce n’est pas drôle.
Cette technologie est au fond dépassée. La machine à vapeur date du XVIIIe siècle. Utiliser un système aussi sophistiqué pour chauffer de l’eau n’est pas un grand progrès.

A côté de quoi nous avons, par exemple, les cellules photovoltaïques. Elles doivent encore être développées pour être plus efficientes. Mettez les cerveaux du monde à son service au lieu du nucléaire et cela ira très vite. Une cellule solaire, n’utilise pas de minerai précieux et rare, n’est pas trop chère à produire et miracle, une fois fabriquée, elle se pose dehors, au soleil, et, et… c’est tout. Elle fournit du courant électrique. Incroyable. Pas de l’eau chaude qu’il faut injecter dans une turbine, pour entraîner un alternateur qui produit du courant. Il y a le panneau solaire et le courant à la sortie. Plus simple, c’est dur. Entretien? Un coup de chiffon de temps à autre.
Nous avons la géothermie, qui est efficace et connue depuis des lustres. Nous avons l’éolien qui est un peu visible, c’est vrai. Nous avons la fusion froide qui est cantonnée dans quelques laboratoires car met en jeu des mécanismes inconnus de la physique classique. Tout ce qui est nouveau et contredit les connaissances établies suscite la méfiance voire le rejet et la condamnation. Demandez à Galilée. Ici un documentaire de 45 min. sur la fusion froide.
Les sources d’énergie sont là. Il faut juste s’adapter et changer la filière de production. Les obstacles sont principalement les intérêts économiques que leur détenteurs ne veulent pas lâcher et la difficulté de changer.

Hypothèse, les motivations d’un pro-nucléaire:

  • la peur de manquer d’énergie
  • le refus de remettre en question son niveau de confort
  • le refus de faire face à la tâche de transformer la filière de production d’énergie
  • un intérêt économique si ayant des accointances avec le lobby nucléaire
  • un intérêt politique pollué par l’intérêt économique

Les motivations d’un anti-nucléaire:

  • la sécurité et la santé
  • le refus de se soumettre à des lobbys qui n’ont d’intérêt que le leur
  • l’acceptation et le respect des forces naturelles qui lui sont supérieures
  • le pragmatisme et la simplicité
  • la qualité avant la quantité

Entre ces deux individus, avec lequel vous sentez-vous en confiance?
Celui qui se veut optimiste, qui pense à l’équilibre naturel et qui recommande de ne pas gaspiller l’énergie ou celui qui vous dit: « Imaginez ce qu’il se passera s’il vient à manquer d’énergie ».
Celui qui veut vous faire peur n’a jamais de bonnes intentions.

Notre seule peur est que les décisions de ceux qui ont peur nous mettent en danger. Et s’il fallait choisir entre l’abondance avec risque  ou la pénurie avec sécurité? La question est fausse, car les alternatives sont multiples et fournissent de l’énergie bien plus abondamment que le nucléaire. Donc affirmons haut et fort que nous ne sommes pas d’accord de jouer à ce jeu dangereux. Les industries ne doivent plus nous imposer leur machines de folie rétrograde.

Stanley Pons, le co-inventeur de la fusion froide avec Fleischmann dit: « Sans morale, sans éthique, qu’elle soit religieuse ou scientifique, que nous reste-t-il? » L’éthique ici est de ramener le bien commun de chaque être au centre de l’attention. D’abandonner notre egocentrisme, de faire le deuil de notre volonté de dominer les autres. On en revient toujours à ce changement de conscience qui doit se faire jour, sous peine de nous conduire à des périodes de grandes souffrances. Changement qui se fait individuellement et qui engendre les changements globaux.

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Par Alain Jeannet – Mis en ligne le 16.03.2011 à 09:22

Avec le nucléaire, tout commence et finit au Japon. Le 6 août 1945, plus de 150 000 civils trouvent la mort à Hiroshima et à Nagasaki sous les bombes américaines. Et pourtant, ce pays dévasté n’hésite pas à parier sur l’atome: les usines tournent bientôt à plein régime, l’archipel nippon devient en quelques années la deuxième économie mondiale. Un choix énergétique qui, jusqu’ici, n’avait pas donné lieu à un vrai débat public.

S’il faut prendre des risques, autant parier sur les énergies renouvelables.
Comme l’Allemagne.

Mi-mars 2011, le pays est menacé d’une nouvelle apocalypse nucléaire. Le monde entier suit en direct les explosions successives des réacteurs de Fukushima. Et si l’on ne connaît pas encore le bilan de la catastrophe, l’événement provoque déjà des révisions déchirantes jusque chez les partisans convaincus de l’énergie atomique (lire le dossier coordonné par Elisabeth Gordon).

Nous vivons la fin de l’âge du nucléaire. La confiance si laborieusement reconquise après les accidents de Tchernobyl et de Three Mile Island s’est évanouie en quelques heures. On ne pourra pas, c’est évident, fermer toutes les centrales en activité du jour au lendemain. Pour plusieurs décennies encore, l’électricité d’origine nucléaire constituera une partie importante de notre «mix énergétique», selon l’expression consacrée.

Cette énergie dangereuse, mais propre parce qu’elle ne rejette pas de CO2 sera remplacée par le gaz naturel, le charbon et les schistes bitumineux de fort mauvaise réputation. Les pays émergents comme la Chine, la Russie et l’Inde, qui ont prévu la construction d’un grand nombre de centrales pour alimenter la croissance de leur économie, n’y renonceront pas facilement. Mais une page s’est définitivement tournée.

Les thuriféraires du nucléaire continuent bien sûr d’entonner un couplet connu: le risque zéro n’existe pas, le progrès technique et la prospérité qu’il induit ne font pas bon ménage avec une mentalité de casco complète. Ils ont raison. Mais s’il faut prendre des risques, alors autant parier sur une sortie rapide du nucléaire.

En développant l’efficacité énergétique des bâtiments, en investissant massivement dans le solaire, en plantant des champs d’éoliennes et en cultivant les emplois qui vont avec. A cet égard, l’Allemagne fait figure d’exemple. Quand il a renoncé à l’atome, il y a dix ans, ce pays ne couvrait que 1% de ses besoins grâce aux énergies renouvelables, il en est actuellement à près de 20%.

Une politique industrielle audacieuse qui lui a réussi. Autrefois pionnier des technologies vertes, le Japon, lui, est resté bloqué à l’âge du nucléaire. Il le paie aujourd’hui très cher.